Voile : pourquoi la première édition de la Route du Rhum est restée dans l'histoire

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Créée pour concurrencer les transats anglaises en 1978, la Route du Rhum "a tout de suite acquis ses lettres de noblesse", selon Michel Desjoyeaux, invité de Wendy Bouchard vendredi. 

LE TOUR DE LA QUESTION

Le coup d'envoi de la 11ème Route du Rhum sera donné le 4 novembre, lorsque 124 skippers vont s'élancer de la cité corsaire de Saint-Malo pour tenter de rallier Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe. Une transat devenue l'une des compétitions-phares du monde de la voile, née il y a tout juste quarante ans. Autour de Wendy Bouchard dans Le Tour de la question, vendredi, le skipper Michel Desjoyeaux et la spécialiste voile d'Europe 1 Corinne Boulloud sont revenus sur la première édition, en 1978, peut-être la plus emblématique de cette course au large. Avec une suspense incroyable, puisque 98 secondes ont séparé le premeir du deuxième, et un drame, avec la disparition d'Alain Colas. 

"Faire la nique aux Anglais". Le plus surprenant, dans l'histoire de la Route du Rhum, c'est peut-être qu'elle n'aurait pas dû voir le jour. "Les Anglais en avaient marre de voir les Français et notamment Éric Tabarly truster les podiums de leurs transats anglaises", rappelle Corinne Boulloud. "Ils ont décidé de raccourcir les bateaux." Après cette décision, Les Français ont décidé d'organiser une transat, à leur tour, pour faire "la nique aux Anglais", comme le confie avec malice Michel Desjoyeaux, vainqueur de la course en 2002 dans des conditions dantesques.

>> De 9h à 11h, c’est le tour de la question avec Wendy Bouchard. Retrouvez le replay de l’émission ici

Tabarly absent de la ligne de départ. "Deux personnes (Bernard Hass et Florent de Kersauson, frère d'Olivier, NDLR) se sont dits qu'ils allaient en créer une à la maison, poursuit Corinne Boulloud. "Ils contactent un publicitaire, Michel Etevenon, frère de Micheline Dax et associé de Bruno Coquatrix à l'Olympia. Il dit 'banco' et va chercher les rhumiers en Guadeloupe. C'est comme ça que naît la Route du Rhum." 

Évincés de la transat anglaise après la décision de raccourcir la taille des bateaux autorisés à concourir, les skippers français Alain Colas, Yvon Fauconnier ou encore Philippe Poupon s'alignent au départ de la course à Saint-Malo, ville dont était amoureux Michel Etevenon, comme le rappelle Ouest-France. Mais pas Éric Tabarly : "Il n'a pas de sponsor et prête un de ses bateaux à Philippe Poupon", relate Michel Desjoyeaux. 

La tragique disparition d'Alain Colas. La suite appartient à la légende de la course. Il y a d'abord les "98 secondes pour l'éternité" du Canadien Mike Birch devant Michel Malinovsky. "À partir de là, on officialise le fait qu'un multicoques va plus vite qu'un monocoque", explique Michel Desjoyeaux. Il y a surtout la disparition en mer d'Alain Colas, "dont on n'a jamais retrouvé trace, ni du bonhomme ni du bateau". Le navigateur prononcera ces mots lors de son dernier appel radio : "Je suis dans l'œil du cyclone. Il n'y a plus de ciel, tout est amalgame d'éléments. Il y a des montagnes d'eau autour de moi." Serge Gainsbourg et Alain Chamfort lui dédieront une chanson restée célèbre, Manureva, du nom de son bateau. Nouveauté, suspense et, malheureusement, tragédie : tout était réuni pour faire "entrer la course dans la légende dès 1978", selon Corinne Boulloud.