Vaccins et autisme, une controverse qui dure depuis près de 20 ans

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Vaccins et autisme, une controverse qui dure depuis près de 20 ans
Les familles plaignantes mettent notamment en cause le thiomersal, un composé contenant du mercure et utilisé comme conservateur dans les vaccins.@ AFP
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Contre les vaccins, des familles d'enfants autistes veulent attaquer quatre laboratoires en justice. Une suspicion qui existe depuis près de vingt ans, mais que plusieurs études ont démenti depuis.

Martine Ferguson-André n'en démord pas. Cette militante acharnée, membre de la commission de santé d'Europe Écologie-les-Verts, affirme que son fils de 10 ans est devenu autiste après avoir reçu les cinq vaccins recommandés avant l'âge de dix mois. Près d'une centaine de familles ont rejoint le mouvement. Avec l'association Autisme Vaccination, elles s'apprêtent à lancer en septembre prochain une action de groupe contre quatre laboratoires pharmaceutiques  auprès du Tribunal de Grande instance de Paris, rapporte Le Parisien lundi. Rien de très nouveau pourtant : ces liens supposés entre vaccins et autisme alimentent la controverse depuis près de vingt ans maintenant.

  • Comment est née cette controverse ?

Cette idée vient en fait d'un article datant de 1998, écrit par Andrew Wakefield, médecin gastro-entérologue d’origine britannique, et publié dans le prestigieux journal médical The Lancet. À première vue, l'étude, qui porte sur douze enfants, semble mettre en évidence un lien entre la vaccination ROR - Rougeole-Oreillon-Rubéole - et l’autisme. Les deux tiers des enfants auraient en effet développé, dans les deux semaines suivant leur vaccin, une inflammation des intestins (syndrome de Bowel, ou syndrome de l’intestin irritable) et un autisme. Le Dr Wakefield appelle alors à la suspension de la triple vaccination. Son étude rencontre un écho international. Le ministère de la Santé du Japon finit même par suspendre ses recommandations vaccinales, et 100.000 citoyens américains refusent de faire vacciner leurs enfants avec le ROR.

Mais aucune autre équipe n'arrive à confirmer ses résultats, malgré plusieurs tentatives. En 2004, le Sunday Times découvre le pot-aux-roses : deux ans avant la fameuse publication, Wakefield avait été engagé par un avocat qui entendait attaquer le laboratoire qui fabriquait les vaccins. Le médecin à l'origine de l'étude avait alors signé avec lui un juteux contrat de 55.000 livres (61.000 euros) pour mener ses recherches et "apporter à la Cour une preuve irréfutable dans le but de la convaincre de la dangerosité de ce vaccin“. En réalité, parmi les douze enfants, certains présentaient un autisme bien avant de recevoir la vaccination ROR, quand d'autres n'ont contracté aucun autisme par la suite, a encore révélé le Sunday Times quelques années après.

Neuf mois avant la publication de son étude, Andrew Wakefield avait même déposé un brevet pour un vaccin contre la rougeole, qui évidemment, n'avait d'intérêt commercial tant que la vaccination ROR restait recommandée.

Depuis, dix des treize auteurs initiaux de l'étude se sont rétractés et Wakefield a été radié du General Medical Concil, l'Ordre des médecins britanniques, mais cette idée a continué à se propager, notamment sur Internet, à grands coups de hashtags et de pétitions. En France, le Dr Henri Joyeux, lui aussi radié de l'Ordre des médecins en 2016 - en raison de ses propos "non appuyés sur des bases scientifiques" et "qui peu[ven]t être dangereux pour la population" – continue aujourd'hui de défendre la validité de l'étude de Wakefield.

  • Que disent les études scientifiques ?

Si, à l'heure actuelle, la communauté scientifique n'a pas cerné l’ensemble des facteurs qui favorisent les troubles autistiques, ceux-ci n’ont absolument rien à voir avec les vaccins.

Tandis que les pairs de Wakefield pointaient, à raison, que les conclusions de son étude ne s’appuyaient sur aucune statistique et sur un échantillon exceptionnellement petit – mais aussi qu'elle n'avait utilisé aucun groupe de contrôle et que le protocole établi reposait en partie sur des témoignages faisant appel à la mémoire des sujets – au moins cinq études scientifiques indépendantes depuis 1998 et portant sur un panel beaucoup plus important ont prouvé qu'il n'existait aucune corrélation entre le triple vaccin ROR et un risque accru des troubles du spectre autistique. Et ce quel que soit l'âge de la vaccination ou le fait qu'un frère ou une sœur plus âgé soit autiste. .

La dernière d'entre elles, publiée en avril 2015 dans le Journal of the American Medical Association (JAMA), suivait par exemple environ 95.000 enfants sur cinq ans.

  • Que demandent les familles plaignantes ?

L'action de groupe qui va être lancée en septembre vise à "demander réparation des dommages causés par la vaccination pédiatrique". Elle met en cause notamment le thiomersal, un composé contenant du mercure et utilisé comme conservateur dans les vaccins. C'est ce même composé qui a été détecté dans le sang du fils de Martine Ferguson-André, qui se définit comme une "lanceuse d'alerte".

Cette substance avait été retirée à la demande des autorités de santé en 2000. "Nous allons attaquer en justice quatre laboratoires [Sanofi, Pfizer, Eli Lilly et GlaxoSmithKline] qui ont commercialisé ces vaccins, pour connaître la vérité", assure ainsi au Parisien l'avocate et ancienne juge d'instruction Martine-Odile Bertella-Geffroy. 

  • Pourquoi cette action judiciaire tombe-t-elle mal pour le gouvernement ?

En juin dernier, la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, a annoncé qu'elle envisageait de rendre obligatoires onze vaccins contre trois aujourd'hui, avant que le Premier ministre ne confirme cette décision dans son discours de politique générale, le 4 juillet. Dans la liste de ces vaccins rendus obligatoires en 2018, figurent bien ceux contre la rougeole, les oreillons et la rubéole. Ce qui n'a pas manqué de relancer la polémique.  L'opinion publique, elle, est globalement très partagée sur la question : 50% des Français sont favorables à l'obligation, 50% y sont opposés, selon un sondage Odoxa pour Le Figaro publié jeudi dernier.

Face à cette méfiance, le gouvernement n'a de cesse d'appeler à la raison. Le 11 juillet dernier, la ministre dénonçait ainsi sur Twitter "les fausses informations et les théories du complot qui fleurissent sur Internet".