Real-Barça : un clasico exceptionnel à plus d'un titre

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Real-Barça : un clasico exceptionnel à plus d'un titre
Avec déjà onze points de retard sur le Barça (et un match en moins), le Real pourrait fortement compromettre ses chances de titres samedi.@ HECTOR RETAMAL / AFP
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Contexte catalan, enjeu sportif décuplé, horaire aménagé : la rencontre de Liga entre le Real Madrid et le FC Barcelone, samedi à 13 heures, est bien plus qu'un simple match de football.

Qu'on se le dise, le clasico n'est jamais un match comme les autres. Celui de samedi, comptant pour la 17ème journée de Liga, peut-être encore moins. Politiquement inflammable, sportivement brûlant, l'affrontement entre le Real Madrid et le FC Barcelone, samedi au stade Santiago-Bernabeu, promet un véritable feu d'artifice avant les fêtes. 

Un contexte politique explosif

Sur fond de crise en Catalogne, le grand duel du foot espagnol s'annonce d'abord très politique. Comme l'idée d'un second tour Madrid-Barcelone après le scrutin régional de jeudi, qui a confirmé l'immense division des électeurs catalans sur la question de l'indépendance.

Tout oppose en effet les supporters du Real, club "royal" lié aux cercles du pouvoir espagnol, et ceux du Barça, étendard de l'identité régionale. Quand les uns chantent "Viva España" au stade Santiago-Bernabeu, les autres scandent "Indépendance" et "Liberté" au Camp Nou. On peut donc logiquement s'attendre samedi à une chaude atmosphère au stade, où les drapeaux, espagnols et catalans, risquent d'être de sortie.

"Nous nous habituons à ne pas tout mélanger pour éviter la confusion et nous essaierons de faire un bon match et de gagner", a prévenu l'entraîneur barcelonais Ernesto Valverde. Avec, comme exemple, le déplacement du Barça sur la pelouse de l'Atlético de Madrid mi-octobre (1-1), qui s'était déroulé dans une ambiance bon enfant, quelques jours pourtant après le référendum d'autodétermination interdit par Madrid.

Au pays du football-roi, les principaux acteurs de la crise politique catalane sont d'ailleurs eux-mêmes de fervents supporters : le président du gouvernement espagnol Mariano Rajoy se veut "madridista" tandis que le dirigeant indépendantiste catalan Carles Puigdemont est "culé", même s'il soutient aussi Gérone, ville catalane dont il a été maire.


La polémique : "pasillo" ou pas "pasillo" ?

À chaque clasico sa polémique : celle de la semaine a tourné autour du "pasillo", cette haie d'honneur traditionnelle dont les équipes récemment victorieuses d'un trophée bénéficient juste avant leur match suivant. L'attaquant-vedette du Real, Cristiano Ronaldo, a ainsi réclamé du Barça un tel hommage puisque l'équipe merengue vient de remporter son deuxième Mondial des clubs d'affilée. Pas question, a rétorqué le Barça : le club catalan assure n'effectuer le "pasillo" que lorsqu'il a lui-même pris part à la compétition remportée.

Et les critiques de fuser des deux côtés, chacun accusant l'autre de manquer de sportivité... "Ces questions, c'est plus pour amuser la galerie qu'autre chose", a tranché le toujours pondéré Valverde.

Un enjeu sportif dantesque

"C'est une finale", a résumé vendredi le quotidien sportif madrilène Marca. Car le Real de Zidane, actuel quatrième de Liga, doit à tout prix l'emporter face au leader Barcelone s'il ne veut pas être irrémédiablement distancé dans la course au titre. Onze points séparent en effet les deux équipes, bien que le Real compte un match en moins. Une défaite et ce serait plié ? Dans l'histoire de la Liga, jamais les Merengue n'ont en tout cas réussi à remonter un retard de plus de huit points pour parvenir à être champion.

"Ce match sera sans doute le plus difficile de la saison", a déjà confié "Zizou" en conférence de presse, tout en nuançant : "Nous n'avons pas d'angoisse, aucune. Nous devons seulement penser à faire un bon match, pas regarder si nous avons 11, 8 ou 25 points d'écart." Côté blaugrana, le classement n'est pas regardé avec plus d'attention. "Nous n'y pensons pas", a tranché Valverde. "Quoi qu'il arrive dans ce match, il restera un long chemin pour les deux équipes et tout à faire."

Les joueurs, eux, se sont un peu plus livrés sur l'enjeu de la partie. "J'espère que nous allons battre Barcelone pour que la Liga reste ouverte", a lancé Cristiano Ronaldo. "En gagnant, nous pourrions creuser un écart important", a rétorqué son rival barcelonais Lionel Messi. "Et il est clair que ce serait beau de finir l'année sur une victoire."


L'assurance de voir du spectacle

3,3 : c'est la moyenne de buts par match lors des clasicos Real-Barça et Barça-Real en Liga. Depuis 2000, sur 51 rencontres disputées toutes compétitions confondues, une seule a fini sur un score nul et vierge. C'était en novembre 2002.

Dix Ballons d'or sur le terrain

Ronaldo et Messi ont d'ailleurs des comptes à régler depuis que le premier a rejoint le second au panthéon du football en obtenant début décembre un cinquième Ballon d'Or.

Le Portugais (32 ans) et l'Argentin (30 ans) auront ainsi l'occasion de se départager : au coude-à-coude en 2017, ils comptent chacun 53 buts inscrits entre club et sélection. Un total que le Portugais et l'Argentin espèrent encore améliorer dans le clasico, une confrontation dont Messi est le meilleur marqueur (24 buts) devant le mythique Alfredo Di Stéfano (18) et Ronaldo (17).

Sur l'année écoulée, c'est Ronaldo qui a malgré l'ascendant avec cinq trophées remportés sous le maillot du Real, contre un seul pour Messi, vainqueur de la Coupe du Roi en mai dernier. Suspecté d'être sur la pente descendante à 32 ans, "CR7" a répliqué en marquant le week-end dernier contre Gremio (1-0) en finale du Mondial des clubs. "Je réponds toujours sur le terrain", a-t-il lancé, bravache. Victime d'un coup à cette occasion, il sera "à 100%" pour le clasico, a déjà prévenu son coach. Quant à Messi (30 ans), meilleur buteur de la Liga avec 14 buts (et 14 poteaux !), contre 4 seulement pour Cristiano, il espère porter l'estocade au Real samedi.

Un horaire inhabituel

Et c'est bien parce que le spectacle promet que le match de clubs le plus regardé au monde (650 millions de téléspectateurs, soit un dixième de l'humanité, répartis dans 185 pays) a été programmé samedi à un horaire précoce et inhabituel : 13 heures. Le but ? Bénéficier d'une exposition maximale en Asie.

Lorsque l'arbitre donnera son premier coup de sifflet au stade Santiago-Bernabeu, il sera en effet 21 heures à Tokyo (Japon), 20 heures à Shanghai (Chine), 19 heures à Djakarta (Indonésie) et 17h30 à New Delhi (Inde). "Nous souhaitons proposer à nos supporters en Asie l'opportunité de regarder le duel entre le Real Madrid et Barcelone à un horaire adapté", a expliqué à l'AFP Joris Evers, directeur de la communication mondiale de la Ligue espagnole. "Et bien sûr, nous voulons attirer de nouveaux supporters."

C'est dans cette même optique que s'était déroulé fin juillet le premier Barça-Real de la saison... aux États-Unis (3-2). Une rencontre amicale façon coup commercial, en attendant de délocaliser à l'étranger certains matches officiels, comme l'a proposé le bouillant président de LaLiga, Javier Tebas. "L'Asie est un marché très important pour le Barça", a reconnu de son côté Josep Maria Bartomeu, président du club catalan, dont le principal partenaire est l'entreprise japonaise Rakuten...

À 13 heures, ce sera pourtant la fin de matinée en Espagne. Mais certainement pas l'heure de la sieste. Ni dans les salons, ni sur la pelouse.