Dopage : une enquête sur Europcar

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Dopage : une enquête sur Europcar
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CYCLISME - L'équipe de Voeckler fait l'objet d'une enquête préliminaire par le parquet de Paris.

Voeckler

© REUTERS

Eté 2011. Thomas Voeckler porte le Maillot Jaune du Tour de France pendant douze jours et échoue au pied du podium final. Son coéquipier, Pierre Rolland, l'emporte en haut de la mythique montée de l'Alpe d'Huez et termine meilleur jeune sur les Champs-Elysées. La France s'éprend alors du Team Europcar, émanation de l'ancienne équipe BBox Bouygues Telecom.

Près d'un an plus tard, et alors que Voeckler sera bien présent au départ du Tour 2012, une information a été révélée mercredi soir par lequipe.fr : le team dirigé par Jean-René Bernaudeau a fait l'objet de l'ouverture d'une enquête préliminaire par le parquet de Paris en raison d'informations faisant état de possibles infractions au code antidopage. Selon les informations d'Europe 1, cette enquête a été ouverte le 19 juillet 2011, soit pendant le Tour 2011, sur dénonciation du responsable des contrôles au sein de l'agence française de lutte contre le dopage (AFLD).

Les éléments ont été transmis aux enquêteurs de l'Office central de lutte contre les atteintes à l'environnement et à la santé publique (OCLAESP). Pour le moment, cet office n'a rien trouvé et il n'existe aucune perspective d'interpellation ou d'une quelconque opération "coup de poing". "Il n'y a pas d'évolution notable du dossier, qui reste à l'étude", précise-t-on au parquet de Paris.

Transfusions et corticoïdes

Voeckler

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De quoi est soupçonné Europcar ? De deux pratiques plus ou moins illicites : le recours à des transfusions de récupération (et non de produits dopants) et la prise détournée de corticoïdes. Tout type de transfusion est désormais sanctionné par l'Agence mondiale antidopage (AMA). Quand à l'usage des corticoïdes, il est autorisé hors compétition mais interdit en course en fonction de son mode d'administration. Les voies orale, intraveineuse, intramusculaire et rectale sont interdites.

De fait, il y aurait dans le peloton une augmentation sensible du recours aux corticoïdes par des voies détournées et, de fait, plus ou moins liberalisées : crèmes, spray, etc. Dans son édition de jeudi, le quotidien L'Equipe chiffre cette recrudescence avec le témoignage d'Arnaud Mégret, le médecin fédéral de la Fédération française de cyclisme (FFC) : "sur les six premiers mois de l'année 2012, nous avons dépassé en nombre le total des anomalies constatées de toute l'année 2011." Soit 169 profils anormaux mis à jour en un semestre contre 153 sur l'ensemble de l'année 2011. Et, dans cette atmosphère, l'équipe Europcar se retrouve au cœur des suspicions.

"C'est une machination"

Bernaudeau, 930

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Le directeur sportif de l'équipe française n'a pas tardé à réagir à la révélation, tardive, de l'ouverture de cette enquête. "J'ai appelé immédiatement mon avocat, j'ai la conscience tranquille et nous répondrons demain (jeudi) à toutes les questions comme nous l'avons toujours fait", a déclaré Jean-René Bernaudeau (photo). Le manager historique de l'équipe française s'étonne de l'ouverture de cette enquête, alors qu'Europcar appartient, comme d'autres formations du peloton, au Mouvement pour un cyclisme crédible (MPCC), créé en 2007 et qui va plus loin encore que le code antidopage en vigueur. Il s'agit notamment de mettre à l'arrêt les coureurs qui ont eu un contrôle sanitaire anormal. Ce fut le cas cette année d'Anthony Charteau, meilleur grimpeur du Tour 2010 sous les couleurs Bbox et arrêté quinze jours, sans doute après la prise de corticoïdes ("à 90%"), précise lequipe.fr.

"On se finance nos contrôles, on ne peut quand même pas être accusés", réagit Bernaudeau dans L'Equipe de jeudi. "J'en suis bouleversé. Je suis même un peu sonné. On va plus loin que ce qu'exige la loi et ça se retourne contre nous. C'est une machination. On savait qu'on gênait, mais à ce point-là..." Après l'ouverture d'une procédure par l'Agence américaine antidopage contre Lance Armstrong, septuple vainqueur de l'épreuve, et maintenant cette enquête contre l'équipe révélation de sa dernière édition, le Tour s'offre une bien mauvaise publicité, à quelques jours de son grand départ, samedi, à Liège.