Formule 1 : deux courses au lieu d'une, est-ce une bonne idée ?

Départ du Grand Prix du Mexique (1280x640) Mark THOMPSON/Getty Images North America/AFP
Un départ de Grand Prix ? Bernie Ecclestone aimerait en voir deux chaque week-end. © Mark THOMPSON/Getty Images North America/AFP
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Le grand argentier de la F1, Bernie Ecclestone, aimerait rendre les week-ends de Grand Prix plus excitants.

À 86 ans, le patron de la Formula One Management, Bernie Ecclestone, fourmille encore d'idées pour son sport. Celui que l'on surnomme "le grand argentier de la F1" a fait part d'un étonnant projet, dimanche, dans un entretien au Sunday Times. Et si, lors des week-ends de Grand Prix, on organisait non plus une course, mais deux ? Farfelu ? Pas tant que ça.

Le succès récent du Grand Prix du Brésil. L'interview de Bernie Ecclestone n'a rien d'une sortie de piste. Elle a été publiée une semaine avant le final de la saison 2016, dimanche, à Abu Dhabi, mais surtout une semaine après un Grand Prix du Brésil disputé sous la pluie, qui a fait le plein de suspense mais aussi de téléspectateurs. "Les audiences télévisées ont augmenté pour le Grand Prix du Brésil. On a eu une course longue avec une grosse pluie et plusieurs accidents, mais cela a impliqué qu'on ait deux départs à cause du drapeau rouge. Et les gens se sont mis devant leur télé", insiste "Bernie", qui oublie de préciser que l'intérêt sportif - le titre mondial était en jeu entre les deux pilotes Mercedes - a sans doute joué aussi dans cette soudaine attractivité.

Mais qui dit deux courses dit néanmoins deux départs, souvent le moment le plus intense d'une course. "On constate souvent un pic d'intérêt lors du départ et après, ça baisse", commente notre spécialiste Dominique Bressot. "Quand des voitures, comme les Mercedes cette saison, dominent, on comprend que le public puisse rapidement s'ennuyer. Effectuer deux départs permet de maintenir l'intérêt de tout le monde en éveil." Au manque d'action, Bernie Ecclestone ajoute le changement des habitudes pour défendre sa proposition : "Les gens ont une capacité d'attention beaucoup plus courte et beaucoup de sports envisagent de raccourcir le format de leurs compétitions."

Un concept déjà existant dans le sport auto. Que propose précisément "Bernie" pour romprer la monotonie ? "Deux courses de 40 minutes avec une pause de 40 minutes au milieu où les pilotes pourraient être interviewés, les voitures retravaillées". Cela "attirerait plus de téléspectateurs, de diffuseurs, de sponsors, et les annonceurs adoreraient ça. (…) Les voitures disputeraient les qualifications le samedi, comme d'habitude, pour la première course et cela définirait la grille pour la deuxième. Cela bouleversait la donne avec des voitures plus légères, plus rapides". L'idée de "Bernie" n'est pas pour autant une idée de génie. Disputer deux courses le même jour ou le même week-end, cela existe déjà dans plusieurs autres formules du sport automobile, comme le DTM (le championnat de voiture de tourisme), la Formule 3, la Formule E (électrique) sur certains week-ends ou encore le GP2.

En GP2, la grille de départ de la deuxième course est déterminée par le résultat de la première, avec une inversion des places pour les huit premiers. S'il n'est pas entré dans les détails, on se doute que le principe, qui introduit du suspense et forcerait les pilotes à effectuer des dépassements en piste, ne déplairait pas à Bernie Ecclestone. "Ce principe des deux courses, plus courtes, et celui de pouvoir interviewer les pilotes entre les deux, est une très bonne idée", estime Dominique Bressot, qui couvre la F1 depuis plus de 30 ans. "Cela va dans le sens de ce que veulent les spectateurs. Et la F1 a besoin d'évoluer."

Un discours américano-centré. Elle a d'autant plus besoin d'évoluer que l'absence de spectacle (et de fait, de spectateurs sur les circuits) commence à avoir des effets concrets. Lundi, le ministre du Tourisme et de la Culture de Malaisie a ainsi annoncé que son pays n'accueillerait plus de Grands Prix après 2018. Voilà une info qui ne devrait pas manquer de faire grincer quelques dents du côté du groupe américain Liberty Media, qui a racheté la F1 en septembre dernier. "Sans doute que cette idée des deux courses a été soufflée à 'Bernie' par les Américains", sourit Dominique Bressot. Bernie Ecclestone, resté en place pour assurer la transition avant la prise en mains effective par Liberty Media, fait d'ailleurs clairement référence à l'Amérique dans son discours.

"Tous les sports américains ont des temps morts, principalement parce que les téléspectateurs américains ne peuvent pas se concentrer. Ils ont grandi avec des segments de quinze minutes à la télévision (notamment dans les séries, ndlr). Les gens réagissent de la même façon partout maintenant." Les fameux "deuxièmes écrans", smartphones et tablettes, accaparent aussi l'attention. Pas un hasard là non plus si Liberty Media espère développer une F1 2.0, avec une plus grande interactivité entre les fans et les pilotes.

De ce point de vue, une compétition scindée en deux, visiblement sur un même après-midi, pourrait être un facteur de développement intéressant. Mais "Bernie" ne se fait pas d'ilusion. Il sait qu'imposer un tel bouleversement sportif ne sera pas chose facile dans le contexte de la F1. "Je ne sais pas si nous avons le courage de changer", a-t-il reconnu. Et par "nous", il entend très certainement les organisateurs mais aussi les constructeurs, notamment les plus puissants, qui n'ont pas forcément intérêt à modifier un règlement actuel qui leur convient plutôt. En F1, les mois voire les années qui viennent s'annoncent très agités en coulisses. Peut-être plus que sur la piste.