Foot : "la France a un problème avec ses supporters"

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Foot : "la France a un problème avec ses supporters"
Les supporters stéphanois, lors du derby entre Saint-Etienne et Lyon, mi-janvier. @ JEFF PACHOUD / AFP
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L'Assemblée nationale va étudier une proposition de loi contre le hooliganisme. Un texte qui s'inscrit dans un climat de tension entre les pouvoirs publics et les supporters. 

INTERVIEW

Les supporters des Verts en avaient gros sur le cœur. Lors de la rencontre face au PSG, le week-end dernier, les fans de Saint-Etienne ont protesté contre la répression dont ils s'estiment victimes. Ils ont également ciblé Guillaume Larrivé, député Les Républicains, auteur d'une proposition de "loi anti-hooligan", étudiée à partir de mercredi à l'Assemblée nationale. Ce texte, renforçant la lutte contre le hooliganisme, prévoit d'autoriser les clubs à refuser l'entrée du stade aux supporters considérés comme violents. Une proposition qui intervient dans un contexte de tension croissante entre les supporters et les pouvoirs publics. Mais alors, la France a-t-elle un problème avec ses fans de foot ? Nous avons posé la question à Nicolas Hourcade, sociologue et spécialiste des supporters.

  • La France est-elle plus répressive avec ses supporters que l'Allemagne, l'Angleterre, l'Espagne ou l'Italie ?

La question ne se pose pas seulement en termes de répression, mais aussi en termes d'image des supporters. En Angleterre ou en Allemagne, les pouvoirs publics peuvent s'en prendre à des fans considérés comme dangereux de manière très ferme. Mais, là-bas, l'image des supporters n'est pas forcément négative. Les supporters font partie de la culture populaire. En Allemagne et en Angleterre, il y a des affluences conséquentes dans les stades. De plus, les gens, même parmi les classes supérieures, n'hésitent pas à se dire supporters d'un club.

En France, ce qui est frappant, c'est la stigmatisation des supporters. Ils sont pointés du doigt et perçus presque uniquement comme des fauteurs de trouble. Et ça se traduit dans les politiques décidées au niveau national. Ce n'est pas tant que la politique française est répressive, elle n'est en fait que répressive. En Allemagne, en Angleterre, les autorités répriment aussi. Mais ils prévoient aussi autre chose et ne considèrent pas d'emblée que supporter un club, c'est mal.

  • Pourtant, on a récemment observé des incidents, notamment au stade Vélodrome, lors du match entre Lyon et Marseille, qui pourraient justifier de telles mesures ?

Actuellement, il n'y a quasiment plus d'incidents entre supporters. La plupart des problèmes observés récemment sont entre des supporters et des policiers, comme entre Le Havre et Lens (de violents incidents ont opposé les fans lensois aux policiers, avant et pendant cette rencontre de Ligue 2, ndlr). Il peut bien sûr y avoir des incidents entre supporters, mais c'est à la marge. On peut expliquer cela par deux raisons. On dit aux policiers que les fans, et les ultras, sont dangereux, et ils surestiment peut-être le risque. De l'autre côté, les supporters qui sont interdits régulièrement de déplacements, développent une hostilité vis-à-vis des forces de l'ordre. Ce climat de tension aboutit à des incidents.

On est dans un cercle vicieux. On répond à la potentielle violence des supporters par une agressivité du maintien de l'ordre. Parfois, ça déborde. Il faudrait établir une stratégie qu'on peut appeler de "désescalade de la violence". L'idée d'une politique préventive est de désamorcer les problèmes avant, et de trouver des solutions avant. En France, pour l'instant, on ne sait pas faire. On a l'impression que dès qu'on dialogue avec des supporters on fait preuve de laxisme, alors que d'autres pays le font.

  • Peut-on dès lors dire que la France n'aime pas ses supporters de foot ?

La France a un problème avec ses supporters. On a construit de nouveaux stades pour l'Euro 2016 et on essaye de les remplir, sans trouver la solution pour le moment. Dans le modèle rêvé par certains dirigeants du football, mais pas forcément de clubs, on change complètement de public, plus consommateur, plus fortuné et moins passionné. Ca, c'est un peu le modèle parisien. Le PSG a assouvi le rêve de certains dirigeants nationaux. Le club a changé totalement de public, plus tranquille, plus haut de gamme, avec l'inconvénient de moins d'ambiance.

Sauf que dans les autres villes françaises, ce modèle n'est pas transposable. Le PSG peut le faire, parce qu'il a des excellents résultats, des stars sur le terrain et un important bassin de population. Il peut donc remplir le Parc des Princes même contre des petites équipes. Dans d'autres villes, ils sont obligés de composer avec différents publics. Et ça, c'est la réussite en Allemagne. Outre-Rhin, il y a plusieurs publics dans les stades : des supporters debout derrière les buts, des tribunes familles ou encore des loges business. Certains clubs français l'ont compris, comme Lyon. Il faut s'adresser aux ultras locaux, être proches d'eux, tout en parlant aux clients plus fortunés et aux familles. Les clubs français n'arrivent pas à définir un modèle clair pour le moment.