Yvan Colonna ne pourra pas être transféré en Corse : "Il fait l'objet d'un fantasme sécuritaire"

"Il n'y aucune raison de penser qu'il y ait un quelconque risque d'évasion pour Yvan Colonna", a estimé mardi Me Patrick Spinosi.
"Il n'y aucune raison de penser qu'il y ait un quelconque risque d'évasion pour Yvan Colonna", a estimé mardi Me Patrick Spinosi. © AFP
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C.O. , modifié à
Pour Me Patrick Spinosi, l'avocat du "berger de Cargèse", aucun élément dans son comportement de détenu ne justifie qu'on lui interdise un transfert dans une prison Corse.
INTERVIEW

Yvan Colonna reste un détenu "particulièrement surveillé". Le Conseil d'Etat a rejeté lundi un recours d'Yvan Colonna, condamné à la perpétuité pour l'assassinat en 1998 du préfet Claude Erignac, qui demandait la levée de son inscription sur le registre des détenus particulièrement signalés (DPS) nécessaire à tout transfert. L'assassin du préfet Erignac, détenu à Arles, ne pourra donc pas rejoindre la prison de Borgo, au sud de Bastia, comme il le souhaitait.

"Ce statut est normalement temporaire". "Ce statut lui interdit de pouvoir être incarcéré en Corse où se situe sa famille. Et c'est la raison pour laquelle nous cherchions à le faire lever", a précisé mardi son avocat Me Patrick Spinosi, au micro de Patrick Cohen sur Europe 1. "Ce statut est normalement temporaire dans la loi et il doit pouvoir être réexaminé tous les ans. Or tous les ans, on vient lui dire qu'il doit rester DPS parce qu'il a été condamné pour avoir tué le préfet Erignac. Et c'est ce que nous avions contesté".

Pas de raison de penser à un "risque d'évasion". Selon l'avocat, aucun élément dans son comportement de détenu ne peut justifier ce statut, renouvelé de façon automatique depuis 2003 en raison des liens entre le prisonnier et la mouvance indépendantiste corse. "Lorsqu'il a été évalué il y a cinq ans, il a fait l'objet d'un contrôle en interne. Et l'administration pénitentiaire a estimé que ce risque était faible ou ordinaire", rappelle l'avocat.  

"Il n'y aucune raison de penser qu'il y ait un quelconque risque d'évasion pour Yvan Colonna. Néanmoins, il fait l'objet d'un fantasme sécuritaire et nécessairement il doit être particulièrement signalé. Et, nécessairement, cela aboutit à ce qu'il ne puisse pas être incarcéré en Corse alors qu'il est maintenant libérable en 2021 et qu'il est donc normalement dans une logique de fin de peine et de rapprochement avec sa famille", déplore-t-il, ajoutant qu'il allait désormais saisir la Cour européenne des droits de l'homme, "car cette décision porte une atteinte disproportionnée à la vie familiale d'Yvan Colonna".

Vers une solution politique ? Après la tentative juridique, il dit chercher également une solution "politique". "Il y a eu des engagements pris par le gouvernement pour le rapprochement des détenus corses et nous allons explorer cette piste immédiatement", pointe Me Patrick Spinosi. "Ce statut de DPS c'est le garde des Sceaux qui en a la maîtrise. Du jour au lendemain, s'il le décide, il peut très bien demander le rapprochement d'Yvan Colonna en Corse et c'est ce que nous allons chercher à obtenir".