Voiture de police incendiée : jusqu'à sept ans de prison pour les "antifas"

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Antonin Bernanos, le militant "antifa" devenu une figure pour la mouvance d'extrême gauche, a été condamné à cinq ans de prison dont deux avec sursis, sans mandat de dépôt. 

C'est l'épilogue d'un procès qui s'est tenu sous haute tension. Sept des neuf militants antifascistes accusés d'avoir participé à divers degrés à l'attaque d'une voiture de police à Paris en mai 2016 ont été reconnus coupables des faits qui leur étaient reprochés par le tribunal correctionnel de Paris, mercredi. Des peines allant de un à sept ans de prison ont été prononcées. 

Trois ans ferme pour la figure du mouvement. Antonin Bernanos, le plus scruté des prévenus, a été condamné à cinq ans de prison dont trois ferme, sans mandat de dépôt, pour des faits d'une "extrême gravité" selon le délibéré. Cet étudiant de 23 ans, devenu au fil du procès une figure pour la mouvance d'extrême gauche, a toujours nié avoir asséné des coups de poing à Kevin P., policier encore assis dans la voiture, et fait exploser la lunette arrière avec un plot métallique. Se basant sur des recoupements vidéo, le parquet avait requis quatre ans de prison ferme avec mandat de dépôt contre lui, impliquant un retour en prison où il a déjà fait dix mois de détention provisoire. Antonin Bernanos n'a pas été incarcéré à l'issue de la lecture du délibéré. 

Jugé coupable d'avoir frappé le véhicule puis Kevin P. à coups de barre de fer, Nicolas F., informaticien à l'allure sage qui a reconnu les faits, a lui été condamné à cinq ans de réclusion dont deux et demi avec sursis. Kara B., transgenre américaine de 28 ans qui comparaissait détenue, a été condamnée à quatre ans de prison dont deux avec sursis pour avoir, notamment, lancé un plot métallique sur le pare-brise de la voiture. Elle a été maintenue en détention, tout comme Ari R., condamné à cinq ans dont la moitié avec sursis. Thomas R., accusé d'avoir donné des coups de pied initiant la destruction du véhicule, a été reconnu coupable et condamné à deux ans de prison dont un ferme. 

La peine la plus lourde pour un absent. Joachim L., de nationalité Suisse, a été reconnu coupable en son absence d'avoir jeté le fumigène à l'origine de l'incendie de la voiture et condamné à la peine la plus lourde, 7 ans de prison. Un mandat d'arrêt a été délivré à son encontre. 

Pour participation à un groupement armé, le tribunal a aussi condamné Leandro L. à un an de prison avec sursis, sans interdiction de manifester. Angel Bernanos, frère d'Antonin, et Bryan M., poursuivis pour participation à un groupe armé, ont eux été relaxés par le tribunal. Le second a en revanche été reconnu coupable d'avoir refusé de se soumettre à un prélèvement ADN et condamné à 1.000 euros d'amende. 


Un important dispositif de sécurité. Devant la salle d'audience du Palais de justice, un dispositif de sécurité impressionnant et rarissime était en place mercredi matin : des barrières avaient été installées pour limiter les possibilités d'attroupement, et des dizaines de gendarmes étaient positionnés pour encadrer les soutiens des prévenus. Pendant le procès, qui s'est tenu le mois dernier, les audiences avaient été rythmées par les clameurs de dizaines de personnes massées à l'extérieur de la salle, scandant des slogans tels que "Flics, violeurs, assassins" ou "Tout le monde déteste la justice". 



Après la lecture du délibéré, de nouveaux slogans ont retenti devant la salle et les militants présents ont été évacués par les gendarmes. 



Des "sanctions implacables". Le 18 mai 2016, la voiture de police circulant quai de Valmy à Paris avait été attaquée par des participants à un rassemblement organisé pour protester contre une autre manifestation, de membres des forces de l'ordre celle-là. Sur un film ayant fait le tour du monde, on voit des assaillants vêtus de noir et le visage masqué donner des coups de pied au véhicule, défoncer des vitres et y jeter une fusée de détresse, la voiture s'embraser et l'un des policiers recevoir des coups de barre de fer. Ces scènes avaient suscité l'indignation des forces de l'ordre tandis que le Premier ministre Manuel Valls avait réclamé des "sanctions implacables".

Ces derniers mois, plusieurs groupes de gauche radicale et des intellectuels ont vivement critiqué les ratés de l'enquête, reposant en partie sur le témoignage anonyme d'un policier des renseignements, et la longue détention provisoire de certains prévenus. "La caractérisation des faits ne peut pas provenir uniquement des déclarations d'un témoin anonyme", a estimé le tribunal dans son délibéré. 


Un jugement "lourd et injuste" pour les parents d'Antonin Bernanos. Les parents d'Antonin Bernanos ont dénoncé l'"acharnement du pouvoir politique, policier et judiciaire" après la condamnation de leur fils. "Ce verdict se voudrait équilibré, il est néanmoins lourd et injuste", a déclaré Yves Bernanos. Il "répond à (une) commande judiciaire", a-t-il estimé, en référence aux déclarations du syndicat de police Alliance et du Premier ministre de l'époque qui avait réclamé des sanctions exemplaires. "Antonin est condamné non pas pour ce qu'il a fait, car aucune preuve de sa culpabilité n'a pu être établie contre lui, il a été condamné pour ce qu'il est : un jeune militant qui lutte contre la violence d'État", a-t-il affirmé.