Vélib : l'ultimatum d'Anne Hidalgo à Smovengo

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Face au fiasco du changement de prestataire pour les vélos en libre service parisiens, Anne Hidalgo a lancé un ultimatum à son prestataire, à qui elle laisse 48 heures pour présenter un plan de sortie de crise.

L'ENQUÊTE DU 8H

Elle a 48 heures pour régler une crise qui dure depuis quatre mois. Smovengo, la nouvelle entreprise en charge des Vélib à Paris accumule les ratés : vélos qui ne se décrochent pas, faux contacts, application qui indique des stations pleines alors qu’elles sont vides, ou encore des salariés en grève qui ne remplacent plus les batteries des vélos électriques déchargées. Les couacs sont nombreux pour Smovengo, qui a pris la suite après 10 ans de gestion par Decaux. Pour faire face à ce fiasco, la mairie de Paris lance un ultimatum à son prestataire : il a 48 heures pour trouver une sortie de crise, alors qu'un tiers des 300.000 abonnés se sont déjà désinscrits. 

La moitié des stations installées. Smovengo doit donc dire avant vendredi soir comment elle va rattraper son retard dans le déploiement des vélos, et les raccorder le plus vite possible au réseau électrique parisien. Depuis la fin du mois de mars, tout aurait dû être terminé. Il devait y avoir 22.000 vélos répartis sur 1.400 stations. En réalité, la moitié des stations seulement a été installée. Et il y a encore à de nombreux endroits en plein Paris, des trous énormes sur les trottoirs, avec quelques câbles qui ressortent, là où doivent être installés des Vélib. 

L'appel d'offres alléchant de Smovengo. Avec Decaux, l'ancien prestataire, tout n'était pas rose : les vélos coûtaient cher - 4.000 euros par vélo - et il y avait beaucoup de vandalisme. Alors, lorsque le contrat est arrivé à son terme, et qu'un nouvel appel d'offres a été lancé l'an dernier, la proposition de Smovengo était alléchante : ils proposaient des vélos plus modernes, plus légers, avec un tiers du parc en vélos électriques, tout en fixant un prix moins élevé que ses concurrents pour l'intégralité du chantier. Ils ont donc remporté le marché. Mais la société a sous-estimé l'ampleur des travaux, explique aujourd'hui la mairie de Paris. Car il est compliqué de raccorder les stations de vélo au réseau électrique : on ne peut pas creuser n'importe où en sous-sol, il y a les canalisations, la fibre, etc.

Entendu sur Europe 1
Anne Hidalgo aura réussi à tuer ce service public

Une production artisanale. Le problème est que c'est seulement une fois le contrat signé que l'entourage d'Anne Hidalgo serait allée visiter les locaux de l'entreprise et aurait alors découvert une fabrication et un fonctionnement très artisanaux, pas à la hauteur de l'enjeu. Face à l'ampleur de la situation, l'opposition s'empare également du sujet : "Anne Hidalgo aura réussi à tuer ce service public", lance Florence Berthout, maire LR du 5ème arrondissement de Paris. "On aurait dû préparer très en amont le raccordement de stations et là juridiquement, on ne voit pas concrètement comment on peut s'en sortir. Je demande une analyse juridique très rapide pour savoir si on peut mettre fin à ce contrat et ré-ouvrir une consultation", demande l'édile.

Un million d'euros par mois de retard. Mais du côté des équipes d'Anne Hidalgo, on explique que rompre le contrat pris avec Smovengo est plus compliqué qu'il n'y paraît, d'autant qu'il court sur 15 ans, pour un montant de 600 millions d'euros. Pour résilier un contrat, il faut prouver que le service n'est pas viable, que la société est en train par exemple de faire faillite. Or pour l'instant, Smovengo est seulement une société qui est en retard sur le calendrier établi et qui paie un million d'euro de pénalités par mois pour cette raison.

D'autant que sur le terrain, résilier le contrat se traduirait par la disparition totale des Vélib pendant deux ans, le temps de réattribuer le chantier. "Mieux vaut six mois de retard plutôt que deux ans sans vélo", glisse-t-on dans l'entourage de la mairie de Paris.