Un agriculteur contraint de nourrir ses vaches en barque à cause de la crue

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INONDATIONS - Dans le Loir-et-Cher, les bêtes de Julien Raffeau ont été piégées par la montée des eaux. Tous les jours, l'éleveur doit les nourrir en barque pour les maintenir en vie.

REPORTAGE

L'image est surréaliste. Au milieu de quarante hectares de champs inondés, près de Thésée, dans le Loir-et-Cher, 19 génisses et un taureau baignent, de l'eau jusqu'au flanc. Les bêtes ont été surprises par la spectaculaire montée du Cher lundi dernier. Prises au piège, elles s'agglutinent désormais sur un talus pour ne pas se noyer. Immergé lui aussi, mais moins profondément, ce petit îlot de terre, de la superficie d'un semi-remorque, leur permet de garder pied.

"Sauver impérativement ces animaux". Ces vingt limousines naufragées sont une partie du cheptel de Julien Raffeau. Sur la centaine de têtes que comptait son exploitation au départ, l'éleveur a pu en mettre plus de la moitié à l'abri. Il a choisi en priorité les animaux situés en zone inondable, pensant que les autres étaient moins menacés. Mais la crue, exceptionnellement soudaine et forte, n'a épargné aucun bovin. Aujourd'hui, l'éleveur, qui déplore des informations incomplètes sur la montée des eaux, craint de voir ses bêtes, qui sont pleines et doivent vêler en septembre, mourir de faim ou de fatigue. "Si on perd ces vingt génisses et leurs petits veaux qui sont dedans, économiquement, cela a un impact énorme", explique l'homme aux traits marqués par l'angoisse. "C'est un manque à gagner tout de suite. Il s'agit pour moi de sauver impérativement ces animaux si je veux sauver l'exploitation."

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Mangeoires flottantes. Pour les sauver, Julien Raffeau n'a pour l'instant qu'une solution : Gérard, le propriétaire des terres, et sa barque de fortune. L'embarcation est capable de transporter 140 kilos de bottes de foin. C'est sur elle que les deux hommes vont, tous les jours, apporter de la nourriture aux vaches. "Vu la hauteur de l'eau, on passe au-dessus des barbelés", note Gérard. Julien Raffeau transporte une demi-douzaine de petites bottes, qu'il lui faut ensuite disperser sur des mangeoires flottantes. Le foin est généreusement saupoudré de maïs et de mélasse de canne à sucre "pour leur permettre de tenir", détaille l'éleveur. "C'est comme des athlètes." L'opération prend entre trois et quatre heures, et doit également être répétée une quinzaine de kilomètres plus loin, près de Couffy. Là, une autre partie du cheptel de Julien Raffeau a les sabots dans l'eau. Mais à cet endroit, le courant est si fort que ce sont les pompiers qui emmènent l'agriculteur nourrir ses animaux.

Une semaine debout dans l'eau. Lundi matin, Vigicrue prévoyait enfin la baisse du niveau de l'eau, après une stabilisation ce week-end. Mais il faudra plusieurs jours au Cher pour regagner son lit, et le temps presse pour Julien Raffeau. "Là, c'est vraiment la fatigue qui est handicapante. On peut apporter à manger aux vaches mais elles sont debout depuis lundi. Cela fait une semaine qu'elles ne sont pas couchées", raconte-t-il. L'agriculteur a bien songé à demander à l'armée de réquisitionner ses barges pour sauver son cheptel. Mais les militaires sont débordés, et les embarcations ont déjà été envoyées ailleurs.

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Système D. L'éleveur n'a donc pas d'autre choix que d'attendre et de miser, avec Gérard, sur le système D. Le propriétaire des terres réfléchit ainsi à construire des sortes de radeaux pour mettre la nourriture et permettre aux bovins de poser leur tête. Pour l'instant, aucune perte n'est à déplorer dans la partie du troupeau qui surnage à Thésée. Près de Couffy, en revanche, Julien Raffeau a eu moins de chance. Ce week-end, l'une de ses vaches s'est noyée de fatigue.