Transformer une église en mosquée, c'est rare mais pas impossible

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Transformer une église en mosquée, c'est rare mais pas impossible
A gauche, une église transformée en mosquée à Graulhet (Tarn), à droite, la petite chapelle de Clermont-Ferrant qui a servi de mosquée jusqu'en 2011.@ Google maps
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La proposition de Dalil Boubakeur de transformer des églises désaffectées en mosquée n’a été expérimentée que de très rares fois en France. 

Transformer une église en mosquée ? "Pourquoi pas" a lancé lundi matin Dalil Boubakeur, sur Europe 1. Pour faire face à la pénurie de lieu de culte qui frappe de nombreux musulmans (environ 2.500 lieux de culte musulmans contre 45.000 églises), le président du Conseil français du culte musulman (CFCM), a relancé l'idée d'investir des églises vides pour les transformer en mosquées. "C'est un problème délicat mais pourquoi pas", a-t-il commenté. Alors que la mosquée Sainte-Sophie, ancienne église chrétienne de Constantinople, en Turquie, fait figure de référence, les cas sont beaucoup plus rares en France. Explications. 

A qui appartiennent les églises ? Depuis la loi de 1905 de séparation de l’Eglise et de l’Etat, les choses sont très claires : toutes les églises construites après 1905 sont à la charge des organisations religieuses et appartiennent aux diocèses. Celles construites avant 1905 sont au contraire à la charge des communes qui en assurent l’entretien et la rénovation. C’est donc au diocèse ou au contraire à la mairie que doivent s’adresser les associations musulmanes qui voudraient transformer une église vide en mosquée.

Pas de chiffres. Contacté par Europe 1, la Conférence des Évêques de France (CEF) soutient qu’elle n’a aucun chiffre sur le nombre d’églises qui auraient été transformées en mosquées. Rappelant qu''il n’y a pas de centralisation", la CEF explique que les diocèses gèrent les lieux de culte comme elles l’entendent.

Quelques exemples dans les années 1970/1980. Les exemples de transformation d’églises en mosquée se comptent en réalité sur les doigts de la main. Europe 1 s’est penché sur trois histoires qui ont toutes pour décor les années 1970/1980.

Eglise/mosquée

Crédit : Google maps

• A Lille, la mosquée "préférée à une discothèque" : c’est une ancienne chapelle des sœurs dominicaines construite dans les années 1930 et transformée en mosquée. "Elle était presque vide et nous cherchions un lieu de culte", explique à Europe 1 le responsable de la mosquée El-Forqane. En 1973, l’Evêque de l’époque nous a fait un prêt à titre gratuit pendant vingt ans". Les débuts n’ont pas été roses, "il y avait de la peur", explique le responsable. Puis, les relations se sont améliorées : "maintenant, les voisins me disent qu’ils sont content car ils préfèrent avoir une mosquée qu’une discothèque !" A la fin du prêt, en 1993, l’évêque pose un ultimatum à la communauté musulmane : partir ou acheter le bâtiment. Avec l’aide financière de la grande mosquée de Paris, l’association musulmane rachète le bâtiment qui a désormais une capacité de 1.100 places environ. Et si l’intérieur ressemble à une mosquée, l’extérieur est resté entièrement dans son jus.







Eglise/mosquée

Crédit : Google maps

• A Clermont-Ferrand, on écoute l'évêque : Sœur Thérèse Vacher appartient à la congrégation des sœurs Saint-Joseph. Elle a fait partie du conseil de la congrégation qui a signé aux musulmans un contrat de mise à disposition à titre gratuit de la petite chapelle qui leur appartenait. "On ne s’en servait presque plus", explique-t-elle, "car nous disposons d’une église juste à côté". C’est à la demande de l’évêque et d’un prêtre qu’elle et les sœurs prêtent leur chapelle. "Ils avaient voilé les vitraux et mis un grand tapis", se souvient Sœur Thérèse qui confie que cette transformation n’a jamais causé de problèmes auprès des paroissiens car "c’était à la demande de l’évêque". En 2011, les musulmans ont quitté la chapelle pour une mosquée toute neuve. Et la congrégation a décidé de vendre la chapelle aux orthodoxes roumains.








Eglise/mosquée

Crédit : Google maps

• A Graulhet, la sensibilisation a payé : elle s’appelait "l’église Saint-Jean de la Rive", elle porte désormais un autre nom "la mosquée Al-Mohammadi" à Graulhet, dans le Tarn. Le responsable, Mohamed Mazari raconte : "l’église était vide, elle a été transformée en mosquée en 1981". Mais attention, la nouvelle mosquée, qui peut accueillir 250 fidèles, appartient toujours à la mairie qui a passé avec la communauté un contrat de trente ans renouvelable trois fois. Les musulmans, s’ils ne payent pas de loyer, ont néanmoins la charge de l’entretien du bâtiment : ils payent le fioul et l'électricité et réalisent de petits travaux. "L’extérieur n’a pas changé", explique Mohamed Mazari, "à l’intérieur, on a caché les vitraux et enlevé les statues". Il se souvient là aussi que les débuts n’ont pas été faciles mais à force de discussion et de journées portes ouvertes, les choses vont mieux "et il n’y a plus aucun problème" désormais.







A Vierzon, l’expérience ratée. Les choses ne se sont pas aussi bien déroulées à Vierzon, dans le Cher. En 2012, l’histoire a vite tourné court. Aujourd'hui encore, certains préfèrent ne pas en parler. "Le sujet est trop sensible, il y a eu du mal de fait", coupe-t-on au diocèse de Bourges, contacté par Europe 1. Mise en vente en octobre, l’église Saint-Eloi à Vierzon suscite les convoitises d’une association marocaine, dissoute depuis. Abdelhamid Amezian, l’ex-président de l’association, explique aujourd'hui : "on cherchait une salle plus grande, pas forcément une église, mais un lieu qui pouvait accueillir tous les fidèles".

Mais la proposition de l’association musulmane ne plaît pas du tout à certains et les mails incendiaires affluent à l’archevêché de Bourges. Le diocèse préfère alors se tourner vers une association catholique, la Confrérie des charitables de Saint-Eloi... retoquée par la mairie communiste qui préempte finalement le bâtiment. Aujourd’hui, Abdelhamid Amezian regrette ce qu'il s’est passé et les rumeurs propagées. Et la communauté musulmane manque toujours cruellement de places : "le vendredi, on met les tapis dehors, même quand il pleut !", soupire-t-il, un brin fataliste.