Théories du complot : il faut "défantasmer notre rapport au pouvoir"

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Spécialiste des théories du complot, le politologue Rudy Reichstadt était l’invité de David Abiker, samedi matin, dans "C’est arrivé cette semaine". 

Alors qu'une journée d'étude était organisée mardi, à l'initiative de la ministre de l'Education Najat Vallaud-Belkacem, sur le thème "Réagir face aux théories du complot", Rudy Reichstadt, fondateur de l'Observatoire du conspirationnisme et des théories du complot, était l'invité de David Abiker, dans "C’est arrivé cette semaine", afin de tenter de transmettre des outils pour mieux démonter ces thèses. Membre de l’Observatoire des radicalités politiques de la Fondation Jean Jaurès, le politologue répond à toutes les questions sur ce sujet d'actualité. 

Le complotisme, c’est quoi ? "C’est l’attitude qui consiste à remettre en cause abusivement la réalité d’un fait, d’un phénomène ou d’un événement historique en attribuant son origine à un complot imaginaire et à l’action concertée d’un petit groupe d’individus d’une organisation, pour son propre intérêt."

Quelle est la théorie du complot la plus en vogue ? "Aujourd’hui, ce qui fait ravage chez les jeunes, et que l’on observe depuis l'attentat de Charlie Hebdo, c’est l’idée que tous les attentats terroristes d’inspiration djihadiste qui ont eu lieu en France sont des mises en scène, par nos propres services secrets ou par des services de puissances alliées, en l’occurrence le Mossad ou la CIA et que l’on a, au plus niveau de l’Etat, des gens qui ont donné leur assentiment pour assassiner des citoyens français."

Qui diffuse ces thèses ? "C'est une mouvance assez hétéroclite. Mais le foyer le plus productif, c'est la galaxie qui tourne autour d'Alain Soral, Dieudonné, on y trouve des gens qui sont nostalgiques du IIIe Reich, qui sont pour le tirage au sort à la place des élections. Alors, pas tous évidemment, mais on retrouve des gens venant de chapelles très très différentes, des agents d'influence du régime iranien ou de la Russie. Thierry Messan en fait partie. Du côté de l’extrême gauche, une partie des anciens Indignés a viré complètement. On en retrouve quelques-uns dans la mouvance conspirationniste, des fans d’Hugo Chavez et de Vladimir Poutine. Cela ne veut pas dire que tous ces gens-là sont tous complotistes, mais cela signifie que dans la thèse complotiste la plus active, on retrouve tous ces profils-là."

Comment contrer ces théories, avec quelles armes ? "Il y a un travail à faire autour des outils critiques [...] avec l'apprentissage du doute méthodique. Qu'est-ce que c'est qu'une source fiable sur Internet ? Comment se produit l'information, le savoir ? Comment on hiérarchise l'information ? Il y a toute une pédagogie à faire autour de la production de connaissances scientifiques, qui est souvent opaque pour les gens. Et puis, défantasmer notre rapport au pouvoir, au pouvoir politique. [...] C'est le rôle de tout le monde. L'Education nationale a évidemment un rôle à jouer. Mais c'est un enjeu civique, tous les citoyens doivent s'en emparer. Un professeur, Iannis Roder, qui travaille beaucoup sur ces questions-là, oppose les sources à ses élèves. Il dit : 'Moi, j'ai lu tel et tel livre, et toi, quelles sont tes sources ?' En général, l'élève en face lui dit : 'moi, c'est Youtube'. Pour lui, Youtube, c'est une source, il ne voit pas le problème. La classe arrive quand même à distinguer ce qui est sérieux de ce qui ne l'est pas."