Suicides en prison : "Le risque zéro n'existe pas"

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Après la mort en décembre de Yassin Salhi, qui avait décapité son patron et la pendaison dans sa cellule de l'instituteur de Villefontaine, au centre d'un scandale de pédophilie, la question de la prévention du suicide en prison se pose à nouveau. 

Six fois plus de suicides en prison. L’ex-directeur d’une école de Villefontaine, au cœur d’un scandale de pédophilie s’est pendu en prison. Mardi, une détenue a fait de même dans le Nord et au mois de décembre c’était Yassin Salhi, l’homme qui avait décapité son patron qui avait mis fin à ses jours dans sa cellule. Et ces trois récents suicides ne font pas figure d’exception car, comme l’a expliqué Joaquim Pueyo dans la Matinale mercredi matin, "il y a en prison six fois plus de suicide que dans la population civile".

"Quand on regarde la population carcérale, il y a deux fois plus de suicides chez les prévenus que chez les condamnés (chez ceux qui ne sont donc pas encore jugés, ndlr)". "Quand on regarde les suicides ce sont surtout pour des détenus qui sont prévenus pour des affaires criminelles, des affaires de viol et d’agressions sexuelles", a ajouté le députe-maire d’Alençon, président du groupe d'études sur les prisons et les conditions carcérales à l’Assemblée et ancien directeur des maisons d'arrêt de Fresnes et de Fleury-Mérogis.

Détecter les détenus suicidaires. "On ne peut pas parler de dysfonctionnement", s’est toutefois défendu Joaquim Pueyo qui a ajouté "qu'en 2003, l’administration pénitentiaire a mis en place des politiques de prévention contre les suicides. Et en 2009, nous sommes allés plus loin puiqu’on a mis en place dans les prisons des cellules de protection, c'est-à-dire que lorsqu’un détenu, d’après les observations des surveillants et des médecins, semble être en crise suicidaire, on le place dans ces cellules de protection. Il a alors des draps et des pyjamas en papier. Mais cela ne peut pas durer plus de 24 ou 48 heures".

Quelqu’un qui aurait donc des tendances suicidaires est surveillé de près, avec notamment des rondes régulières. Mais justement, Romain Farina, l’ex-directeur de l’école de Villefontaine, s’est pendu entre deux rondes. Cela pose donc la question d’une surveillance permanente. Un type de surveillance qui "a été testée dans quatre prisons avec des caméras de surveillance", a expliqué l’ancien directeur de maisons d’arrêt qui ajoute que, "cela a été dénoncé par des médecins psychiatres".

Renforcer le plan de prévention. La solution serait donc selon lui "de former les surveillants à détecter des détenus qui auraient envie de se suicider" mais il est formel, "le risque zéro n’existe pas". "Nous avons même fait des expérimentations avec des co-détenus de soutien, c'est-à-dire qu’un détenu volontaire, formé à des gestes de secours, est alors avec la personne suicidaire afin de ne pas le laisser seul", a expliqué Joaquim Pueyo. Un dispositif pour lequel "il faut aller plus loin" car la France fait partie du triste trio de tête des pays de l’Union Européenne qui comptent le plus de suicides en prison.

Des enquêtes ouvertes.Une enquête judiciaire est systématiquement ouverte après chaque suicide en prison à laquelle s’ajoute parfois "une enquête administrative quand des questions supplémentaires se posent", a-t-il expliqué. Car plusieurs raisons peuvent expliquer ces suicides. "Cela peut évidemment être les charges qui pèsent sur un détenu mais également un isolement familial. Et puis certains n’arrivent pas à supporter la pression médiatique alors qu’ils ne sont que prévenus et d’autres n’arrivent tout simplement pas à assumer leurs gestes", a affirmé Joaquim Pueyo qui a précisé que "généralement ces suicides interviennent plutôt en début de peine ou alors quand un détenu est placé à l’isolement pour le protéger du reste de la population carcérale".