Saint-Etienne-du-Rouvray : "je savais qu'Adel K. était dangereux, il a menacé de me lapider"

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Saint-Etienne-du-Rouvray : "je savais qu'Adel K. était dangereux, il a menacé de me lapider"
Il y a un an, Adel K. assassinait avec un autre djihadiste le père Hamel à l'église de Saint-Etienne-du-Rouvray.@ CHARLY TRIBALLEAU / AFP
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L'ancienne épouse religieuse d'Adel K., un des terroristes de Saint-Etienne-du-Rouvray, a raconté aux enquêteurs lors de sa garde à vue sa brève idylle tumultueuse avec le djihadiste.

Elle a été "folle amoureuse" du terroriste qui a tué le père Hamel, pourtant leur amourette djihadiste a été brève, tumultueuse et quasi-exclusivement virtuelle. Amina, l'ex-épouse religieuse d'Adel K., un des deux terroristes qui a assassiné le prêtre en pleine messe à Saint-Etienne-du-Rouvray le 26 juillet 2016, a été interpellée à Rouen et entendue par les enquêteurs de la sous-direction antiterroriste fin février, selon des informations rapportées par L'Express mardi. 

Les enquêteurs voulaient savoir si Amina (le prénom a été modifié par L'Express) était au courant du projet d'attentat de son mari. Ils ont relevé pas moins de 11.300 contacts téléphoniques entre elle et le terroriste. Mais l'adolescente alors âgée de 17 ans balaye toute complicité et en vient à raconter pendant sa garde à vue qui dure trois jours sa rencontre et son idylle avec Adel K. "Il m'a détruite. Je ne pensais pas qu'il ferait un geste pareil (...) Je savais qu'il était dangereux car il m'a menacée une fois de me lapider. Mais je ne l'ai pas cru", a déclaré cette Franco-Algérienne, selon les procès-verbaux consultés par L'Express, précisant avoir déjà signalé Adel K. à "un policier de Rouen". 

Une rencontre dans la djihadosphère

Au printemps 2015, Amina n'avait que 16 ans lorsqu'elle rencontre Adel K. sur Facebook. Déjà radicalisée, l'adolescente l'ajoute en "ami" : ils sont tous les deux fascinés par le propagande de Daech et ont tous les deux déjà été interceptés en partance pour la Syrie. "Nous avons d'abord discuté de nos origines communes. À force de parler, nous avons parlé de religion", a confié Amina. Adel K. l'invite ensuite à gagner la Syrie avec lui, mais elle refuse, faute de papiers nécessaires. De son côté, le djihadiste tente la route et est de nouveau arrêté : écroué en France, l'idylle naissante entre lui et Amina se poursuit derrière les barreaux. C'est alors qu'Adel K. propose à Amina de se marier : elle l'éconduit et une dispute les sépare pendant plusieurs mois. 

Un mariage via Skype

Alors que l'adolescente poursuit son intégration dans la djihadosphère en ligne, Adel K. refait surface dans sa vie en mars 2016. Il vient d'être libéré sous bracelet électronique et est de retour au domicile parental, à Saint-Etienne-du-Rouvray. "Il m'a demandé si j'adhérais toujours aux thèses de l'État islamique. Il m'a redemandé si je voulais me marier avec lui et j'étais intéressée", a raconté Amina, en pleurs, aux enquêteurs.

Le mariage se fait un mois plus tard par Skype, en présence de deux "témoins" qu'Amina ne connaît pas et d'un "imam" improvisé. "Je n'avais pas le droit de parler. Ils ont discuté de dot, ils ont choisi pour moi", précise la jeune femme. Le soir même, invitée au mariage de sa cousine, Amina est forcée par son nouveau mari de changer sa robe pour un pantalon et Adel K. exige des photos comme preuves, menaçant sinon de débarquer à la cérémonie. C'est le début des ennuis conjugaux.

Adel K. impose ses règles de conduite

Adel K. interdit à sa femme d'écouter de la musique, lui reproche son mode de vie "trop occidental", lui impose de porter le niqab et lui conseille de ne pas fréquenter les "mécréants". À chacune de leur rencontre, six au total, Adel K. édicte ses règles de "bonnes conduites". Grossier et volage, il tente même d'imposer la polygamie. Amina se rebiffe, et un dernier rendez-vous acte la fin du couple. Par un simple message écrit, le djihadiste répudie sa femme, après l'avoir "consommée". Amina porte plainte à la demande de ses parents quand ces derniers découvrent son mariage religieux. Quelques semaines plus tard, Adel K. assassine le père Hamel.

Aux policiers de la SDAT, la jeune femme confie avoir été "complètement folle de lui". Elle a été remise en liberté sans qu'aucune charge ne soit retenue contre elle. L'ex-épouse du djihadiste, adolescente brisée et aujourd'hui majeure, assure s'être détournée de l'islam radical. Elle est suivie au centre de déradicalisation de Dounia Bouzar, et dit vouloir devenir coiffeuse.