Regroupement des détenus radicalisés en prison : "je n'ai pas été écoutée", déplore Adeline Hazan

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Sur Europe 1, la contrôleure générale des lieux de privation de liberté dresse un bilan critique des premiers regroupements d'islamistes en prison. 

INTERVIEW

Faut-il ou non regrouper les détenus radicalisés ? Après un premier rapport, il y a un an, qui jugeait défavorablement le projet gouvernemental de regroupement des détenus islamistes dans cinq quartiers dédiés, un nouveau rapport de la contrôleure générale des lieux de privation de liberté (CGLPL) dresse un bilan critique des premiers regroupements d'islamistes. Le rapport juge "insatisfaisantes" les réponses apportées à "un phénomène sans précédent". Adeline Hazan (CGLPL), invitée d'Europe Midi mercredi, a regretté de "ne pas avoir été écoutée" par les pouvoirs publics.

"La France a du retard". "La France a du retard, on réfléchit [sur la gestion des détenus radicalisés] depuis un an seulement alors que d'autres pays y travaillent depuis dix ans", déplore Adeline Hazan. C'est "une question extrêmement complexe à laquelle personne n'a trouvé de solution ni en France, ni ailleurs pour le moment", poursuit-elle. En France, le choix a été fait de créer cinq unités pour regrouper ces détenus. "Le gouvernement s'est saisi d'une expérimentation qui avait lieu au centre pénitentiaire de Fresnes en octobre 2014 à la discrétion du directeur de la prison, et qui avait pourtant soulevé des critiques à l'époque, pour dire 'on va dupliquer cette unités et en faire cinq'", rappelle-t-elle.

Plus de dangers que d'avantages. "A l'époque, j'étais allée voir à Fresnes comme cela se déroulait et j'avais dit aux pouvoirs publics 'attention, ça ne me semble pas une bonne idée. Il y a plus de danger qu'autre chose dans le fait de regrouper les détenus radicalisés'. Manifestement je n'ai pas été écoutée", regrette la contrôleure générale des lieux de privation de liberté. 

Des critères flous. Désormais ouverts, 127 places sont disponibles dans les centres de regroupement. "On regroupe ces détenus pour pouvoir les prendre en charge et faire des programmes de déradicalisation, mais c'est là qu'il y a quelque chose de contre-productif. On regroupe des personnes qui sont toutes citées dans des affaires terroristes alors que l'on peut considérer que les regrouper est quelque chose de dangereux", avance Adeline Hazan. "Par ailleurs, cette séparation n'est pas totalement étanche puisqu'il y a 117 places sur les cinq unités dédiées et ça ne suffira pas. En outre, parmi ces 117 places, les critères de l'administration sont assez flous", regrette-t-elle. "On est allé voir dans ces centres et on n'a pas compris pourquoi un tel y était et pas un autre", poursuit-elle. "Ne sont englobées dans ces centres que les personnes citées dans des affaires de terrorisme, mais pas les personnes condamnées pour des faits de droit commun et qui peuvent être encore plus radicalisées ,donc là il y a quelque chose qui ne fonctionne pas", conclut-elle.

La visite "choquante" de Thierry Solère à Fleury-Mérogis. En début de semaine, Thierry Solère "s'étonnait" des conditions de détention de Salah Abdeslam. Le député LR déplorait par exemple la présence d'une salle de sport dédiée au dernier membre vivant des commandos du 13 novembre. "Je suis complètement indignée par l'attitude Thierry Solère", souligne Adeline Hazan. "Autant j'ai totalement milité pour que les journalistes puissent rentrer en prison, mais faire ce qu'a fait Thierry Solère c'est à dire, y aller, regarder les images de la vidéo-surveillance comme si c'était vraiment une bête curieuse et ensuite raconter toute la journée comment ça se passe pour ce détenu me semble vraiment du voyeurisme et me semble totalement choquant", s'indigne-t-elle.