Radicalisation : "Il y a urgence à trouver une solution pour ceux qui reviennent"

  • A
  • A
Partagez sur :

Prévus initialement pour les djihadistes de retour de Syrie, les centres de déradicalisation accueilleront finalement des jeunes radicalisés volontaires. Une solution qui ne satisfait pas entièrement la sociologue Ouisa Kies.

INTERVIEW

Le premier centre de déradicalisation va ouvrir en septembre à Beaumont-en-Véron, en Indre-et-Loire, un an et demi après les attentats de janvier. "Quand on conçoit un projet, il faut du temps. Un an et demi, c’est le minimum pour essayer de constituer un vrai contenu pédagogique, pour former le personnel…", plaide Ouisa Kies, sociologue spécialiste de la radicalisation islamique, invitée sur Europe 1 jeudi.

"Citoyenneté et vivre-ensemble". Si le contenu pédagogique prodigué aux jeunes radicalisés "reste encore un peu secret", confie Ouisa Kies, on sait déjà qu'il y aura "beaucoup de suivi psychologique" et que le programme sera axé sur "la citoyenneté et le vivre-ensemble". Les futurs pensionnaires seront des personnes signalées par leurs familles au numéro vert "stop djihadisme". Selon les informations d'Europe 1, ils sont en cours de sélection par les préfectures, épaulées par des associations. Tous seront volontaires et ne seront pas "judiciarisés", c'est-à-dire qu'aucune procédure en cours - comme une assignation à résidence - ne les visera.

Le risque de la prison systématique. Si Ouisa Kies voit d'un bon œil la volonté des autorités d'agir en prévention, elle s'inquiète cependant du sort réservé aux djihadistes de retour de Syrie. "C'est un erreur de tous les mettre en prison", assure la spécialiste. "Certains ne sont peut-être restés que quatre jours, trois semaines, d’autres n’ont pas combattu… Il y a beaucoup d'hommes et de plus en plus de femmes", explique-t-elle. "L’urgence aujourd’hui, c’est de trouver une solution pour ces jeunes qui reviennent. Les mettre en prison, c’est dangereux pour les personnels de l’administration pénitentiaire". Ouisa Kies dénonce, avec un certain nombre de ses collègues, la méthodologie consistant à regrouper les détenus djihadistes aux profils similaires dans les mêmes quartiers d'enfermement. "On risque de ne faire que renforcer leur idéologie", soutient-elle.