Quand la dictée sur Twitter devient la "twictée"

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Quand la dictée sur Twitter devient la "twictée"
@ Capture Twitter
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De plus en plus d’enseignants, dont les classes possèdent un compte Twitter, organisent des twictées. Une méthode pédagogique qui met l'élève au cœur du processus d'apprentissage.

Dans son Chagrin d'école, Daniel Pennac racontait comment, pour motiver ses élèves à intégrer les règles d'orthographes, il leur donnait à corriger les copies des classes supérieures. Une méthode pédagogique bien connue, qui repose sur l'apprentissage des règles via un processus d'explication et de correction des erreurs des autres. L'arrivée de Twitter dans les salles de classe donne aujourd'hui toute son ampleur à cette technique pédagogique. Une trentaine de professeurs français organisent par exemple des twictées, c’est-à-dire des dictées organisées en réseau, avec d’autres “twitclasses”. Explications.

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Une dictée "collaborative". C'est en réalisant un mémoire sur Internet et les méthodes pour sensibiliser les élèves aux règles d'orthographe que Fabien Hobart, conseiller pédagogique en Seine-et-Marne, a eu l'idée de mettre en place les twictées. Le concept est simple : des professeurs, qui ont créé un compte Twitter à leur classe, se mettent d'accord pour soumettre une phrase de dictée à leurs élèves. "La phrase doit être courte. Pour le reste, nous nous mettons d'accord sur les points d'orthographe que nous souhaitons approfondir lors de cette dictée. Généralement, la phrase fait référence à la twictée elle-même", détaille Régis Forgione, l'enseignant qui a popularisé ce concept avec Fabien Hobart.

La première partie de la dictée se déroule de la manière la plus classique qui soit. Les élèves écrivent sur papier leur phrase, chacun de leur côté. Ils se regroupent ensuite en groupe d’environ huit élèves pour confronter leurs versions. Ils doivent ensuite se mettre d'accord sur une phrase, jugée sans erreur, à envoyer à une classe qui possède elle-même un compte Twitter. "Les phrases sur lesquelles se sont mis d'accord les élèves ne sont pas partagées publiquement sur Twitter. Généralement, nous les envoyons par message privé", explique Alexandre Acou, professeur de primaire, à Paris.



"Expliquer les erreurs des autres, pour mieux intégrer les règles". C’est là que le travail commence pour les élèves de la "classe miroir", c’est-à-dire la classe qui réceptionne les phrases de la dictée. Ils sont chargés de repérer les fautes dans les phrases de leurs camarades. Twitter entre alors en jeu. Les erreurs des différents groupes sont expliquées par les élèves de la classe miroir, dans des messages ne devant pas dépasser les 140 signes. "Expliquer les erreurs des autres permet d'intégrer soi-même les règles d'orthographe. Et la difficulté de ce travail d'explication est accentuée avec Twitter. Les élèves doivent en effet être concis dans leurs explications. En ce sens, Twitter devient un véritable levier d'apprentissage", analyse Régis Forgione, qui a ouvert le compte Twitter @CM2_CHAPELLE, représentant une classe de Freyming-Marlebach, en Moselle.

Pour expliquer en peu de signes les erreurs, les professeurs ont créé "des groupes d'erreurs", matérialisés par des hashtags. On trouve par exemple la faute de #accordSV, pour signifier, sur Twitter, une erreur d'accord entre le sujet et le verbe. "GR6 vous avez oublié le 's' à motivé. Donc vous avez une faute de #accordSV", peut-on lire dans un tweet publié par Méline, sur le compte Twitter de la classe de CM2 d'Alexandre Acou. "En ritualisant l'utilisation de ces règles d'orthographe, les élèves se les approprient et c'est le meilleur moyen pour ensuite ne plus faire de faute", estime Régis Forgione, dont le compte Twitter de sa classe regroupe plus de 2.300 tweets, 560 vidéos et photos.



"Mettre du concret dans les apprentissages". Le fait que ces règles s'établissent à la suite d'un échange entre des élèves de différentes classes constituent un vrai moteur pour certains. "Cet apprentissage de la justification met du sens derrière des règles de grammaire ou de conjugaison qui semblent souvent abruptes pour les élèves. Le fait d'être en relation avec des élèves d'autres classes met du concret derrière les apprentissages. Le transfère de connaissance se fait plus facilement que lorsqu'on leur donne un exercice de grammaire", constate Gilliane Simonin, enseignante en CM2 près de Nancy. Même son de cloche du côté d'Alexandre Acou, pour qui cette méthode "donne un vrai sens aux élèves qui se demandent pourquoi ils viennent à l'école".

Si bien que, selon les différents professeurs que nous avons contactés, certains élèves réclament impatiemment leurs twictées, généralement organisées tous les dix jours. "C'est un défi pour eux de savoir qu'ils vont être lus par d'autres, qu'ils sont en concurrence avec d'autres élèves. Du coup, ils se prennent vraiment au jeu", constate Gilliane Simonin.



"Diluer le numérique dans l’ensemble des cours". Et derrière l'aspect stimulant et valorisant pour les élèves, cette approche de l'orthographe permet également d'intégrer une connaissance du numérique et des réseaux sociaux. "L'intégration de Twitter en classe permet de sensibiliser les élèves sur l'usage des réseaux sociaux. Nous avons par exemple mis en place une charte de bonne utilisation, dans laquelle on stipule que l'on ne doit pas publier d'erreur dans un tweet, que les messages publiés doivent être relus par le professeur, que l'on ne publie pas n'importe quelle information sur soi pour préserver son identité numérique, etc.", énumère ainsi Régis Forgione.



Pour Alexandre Acou, l'intégration de Twitter dans sa classe ne se résume pas à la mise en place de twictées. "J'essaie de diluer les cours sur le numérique dans l'ensemble des matières. Je ne fais pas de cours d'informatique, mais le numérique est intégré le plus possible. Cela permet ainsi d'avoir plus de temps pour le français par exemple", explique le professeur. Car la mise en place des twictées demande en effet plus de temps qu'une dictée classique. "Au début, c'est fastidieux", reconnait Gilliane Simonin, "mais ensuite, ça va très vite".



Assouvir la curiosité des parents. Un travail de pédagogie autour du numérique souvent oublié des parents. Ces derniers prennent donc plutôt d'un bon œil l'intégration de cette nouvelle pratique à l'école. "Et puis ça permet aussi de contenter la curiosité de certains d'entre eux. Twitter ouvre les murs de la classe aux parents. Ils peuvent voir les travaux. C'est un peu un cahier de vie de maternelle 2.0", s'amuse Régis Forgione.