Prix du tabac : "Après chaque hausse, notamment quand elle est suffisamment marquée, il y a une baisse de la consommation"

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Le psychologue Jean-Pierre Couteron estime que les hausses de prix du tabac ont un impact sur la consommation. Et que l'annonce du paquet à 10 euros sera un seuil psychologique.

INTERVIEW

Si vous êtes fumeur, le paquet de cigarettes va coûter (presque) un euro de plus dès ce jeudi pour atteindre en moyenne le prix de 8 euros. Cette nouvelle hausse (la deuxième depuis le début du quinquennat) s'inscrit dans un mouvement d'augmentations à répétitions. Le psychologue Jean-Pierre Couteron était l'invité de Raphaëlle Duchemin dans Europe 1 Bonjour pour commenter l'efficacité de cette mesure. 

Le prix a bien un effet sur la consommation. Les effets sont, de l'avis du psychologue, "plutôt encourageants. Même si je comprends qu'on puisse en douter parce qu'on a n'a pas une chute brutale. Mais petit à petit, quand on voit les statistiques, on se rend compte qu'après chaque hausse, notamment quand elle est suffisamment marquée, il y a une baisse de la consommation." Le spécialiste n'oublie pas que des fumeurs irréductibles indiquent qu'ils continueront à fumer même si le prix augmente, c'est pourquoi "on essaye d'accompagner cette politique d'une aide aux personnes", ajoute-t-il.

D'après les études, c'est la brutalité de la hausse qui décourage réellement une partie des habitués. Pour l'heure, il y a 16 millions de fumeurs en France. D'après les estimations, la hausse devrait provoquer un arrêt pour 400.000 personnes.

Entendu sur Europe 1
Pour ceux qui entreraient dans le tabac, le prix, c'est un instrument génial

"Les mentalités ont changé". En comparaison, en 2000, le paquet était à un peu plus de trois euros. Si on remonte encore dans le temps, "on nous offrait des cigarettes quand on intégrait le service militaire. Ça faisait partie du paquetage du soldat. "Les mentalités ont changé", souligne le spécialiste. "Souvent on oublie que le grand motif de se bagarrer contre le tabac, c'est le cancer. On a mis sur le marché un produit de grande consommation qui est excessivement dangereux. C'est une des drogues les plus puissantes en termes de dépendance", notamment parce que la cigarette est associée à plein de gestes ou situations. Elle accompagne le café ou un moment de stress, etc. Par ailleurs, "on avait réussi à associer le tabac à des images très positives" comme celle du cow-boy ou de la femme libérée. "Le mettre à un prix très haut, c'est rappeler que ce n'est pas un produit de consommation courante."

Le prix , élément essentiel pour l'entrée dans le tabac. Et l'avenir ne devrait que le faire comprendre davantage. Demain, le prix du paquet devrait atteindre 10 euros. C'est même déjà le cas pour les paquets de 25 cigarettes. "Ce sera une barrière psychologique. Autrefois, 10 euros, ça n'aurait même pas été un seuil, si vous le mettez en francs (plus de 60 francs, ndlr.), imaginez ce que ça veut dire !", souligne Jean-Pierre Couteron. "10 euros, notamment pour ceux qui entreraient dans le tabac, ça oblige à se dire 'ce n'est pas un produit que je peux acheter tous les jours. Est-ce que j'ai envie de me piéger ?' Comme pour tout, l'argent fait partie de ce qui nous fait réfléchir à un produit ou pas. Pour l'entrée, le prix, c'est un instrument génial".

Dans les bureaux de tabac, la hausse se fait déjà sentir. Pour Marianne, étudiante fumeuse, le paquet de 25 cigarettes affiche ce jeudi 9,90 euros. "Je fume trois paquets en une semaine, je pense que je vais réduire à un, là." Mais pour certains, l'addiction est encore la plus forte comme l'indiquait le psychologue. Ce client en est l’illustration : "C'est l'engrenage. On achète même si ça augmente."



La grimace des buralistes strasbourgeois

Les buralistes strasbourgeois ne sont pas à la fête. De plus en plus, ils ne voient des clients que lorsqu'ils achètent un paquet en dépannage. Car les fumeurs n'hésitent pas à prendre leur voiture pour se rendre à dix minutes de là, en Allemagne, où le paquet coûte désormais en moyenne deux euros de moins et où les magasins sont ouverts jusqu'à 22h. Du côté allemand, en revanche, on se frotte les mains, avec +30% de clients français, affirme le gérant d'un tabac frontalier : "On a notre clientèle habituelle, mais plus les prix augmentent en France, plus les Français viennent d'un rayon étendu. De Strasbourg, ça s'étend jusqu'à Molsheim", à une trentaine de kilomètres de la frontière.