Présidentielle : l'enseignement privé veut aussi sa part du gâteau

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Comme l'enseignement public, le privé réclame plus de moyens dans ses écoles, quitte à rompre l'équilibre entre les deux secteurs.

L'ENQUÊTE DU 8H

L'enseignement privé est loin de tomber en désuétude. Si l'augmentation du nombre d'élèves n'est pas massif, il progresse néanmoins. Les préoccupations des établissements de ce secteur ne sont donc pas négligeables.En vue de la présidentielle, la direction de l'enseignement catholique rend donc publiques plusieurs propositions mardi matin. Et les moyens alloués aux écoles privées sous contrat avec l'État sont sa première préoccupation.

Plus de 0,3% d'augmentation dans les écoles privées. Les demandes d'inscription dans les écoles privées seraient en augmentation, d'après l'association des parents d'élèves du privé (APEL). Entre 30 et 40.000 élèves seraient sur liste d'attente en France. Un chiffre difficile à vérifier puisqu'une aucun liste officielle n'existe. Et comme les parents font souvent des demandes dans deux ou trois écoles à la fois, par sécurité, les calculs sont faussés. Néanmoins on sait que sur les 12 millions d'élèves, près de deux millions sont scolarisés dans le privé. 

Cela représente 80.000 élèves de plus en dix ans. Une augmentation que l'on retrouve aussi dans l'enseignement public car la population croit. Au total, le nombre d'élèves scolarisés dans le privé a augmenté de seulement 0,36% ces dix dernières années mais le poids de cet enseignement reste important. 

Augmenter les salaires des professeurs. Comme dans l'enseignement public, la première demande du privée c'est de nouveaux moyens. Les professeurs des écoles privées sous contrat, qui représentent environ 20% des enseignants, sont rémunérés par l'État. Et comme en période électorale tout est possible, les établissements souhaitent que l'État augmente sa contribution.

D'ailleurs un candidat a déjà ouvert une brèche à ces demandes dans son programme : "François Fillon lui-même, sûrement pour capter sûrement un électorat catholique, a ouvert la porte", rappelle l'historien de l'éducation Claude Lelièvre. "En ce qui concerne Macron, pour le moment il est d'une grande prudence et il n'a pas intérêt à en sortir. Mais il ne faut pas oublier qu'il a été à La Providence à Amiens qui est un grand lycée jésuite. Donc on ne peut pas dire que ce soit un grand adversaire de l'école privée a priori."

Un équilibre fragile entre public et privé. La remise en cause de la répartition entre public et privé est l'enjeu du moment pour l'enseignement privé. Mais il faut avancer à pas feutrés pour ne pas réveiller la "guerre scolaire", comme en 1993 quand François Bayrou avait voulu abroger la loi Falloux, qui fixait les règles de l'enseignement privé, pour favoriser ces écoles. Des millions de manifestants étaient descendus dans les rues. Alors cette fois, la prudence est de mise car toute remise en cause de cet équilibre serait une déclaration de guerre pour le syndicat majoritaire du public, le Snes (Syndicat National des Enseignements de Second degré).

Des écoles qui deviennent un enjeu électoral. Mais qui dit "école privée", ne dit pas forcément qu'elles sont réservées aux familles aisées. Il existe des écoles élémentaires ou des lycées très élitistes à 3.000 ou 4.000 euros par an mais en moyenne, les écoles privées coûtent entre 350 et 1.000 euros l'année, de la maternelle au lycée. Il y a même quelques exceptions, certaines familles modestes ne paient que 10 euros symboliques par trimestre grâce aux caisses de solidarité. L'enseignement privé est donc un enjeu non négligeable de l'élection présidentielle, et notamment parce que certains réseaux d'écoles hors contrats commencent, elles aussi, à demander un soutien public.