"Près de 4.000 autistes sont contraints de s’exiler en Belgique"

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"Près de 4.000 autistes sont contraints de s’exiler en Belgique"
En Belgique, que ce soit dans le circuit normal ou dans les écoles spécialisées, "le niveau est exceptionnel" pour les enfants autistes, se félicite Danilèle Langloys. @ FRANCK FIFE / AFP
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Des milliers de Français atteints d’autisme, enfants ou adultes, sont contraints de s’exiler en Belgique faute de structures suffisantes en France. "Un scandale", dénonce Danièle Langloys, président d’Autisme France.

Les associations sont unanimes : la prise en charge des personnes atteintes d’autisme est largement insuffisante en France. Emmanuel Macron a annoncé jeudi un plan axé sur la recherche, la prévention, un diagnostic le plus précoce possible et une plus grande inclusion à l'école, doté de 340 millions d’euros sur cinq ans. En revanche, le président de la République n’a pas évoqué un phénomène massif, qui concerne des milliers de malades, contraints de s’exiler en Belgique pour être pris en charge. Une situation dénoncée par Danièle Langloys, présidente de l’association Autisme France, qui estime que rien ne bougera tant que les deux pays y trouvent leur compte. D’une part la France qui se défausse sur son voisin, et d’autre part la Belgique, qui s’y retrouve économiquement.

Connaît-on exactement le nombre de personnes autistes prises en charge en Belgique ?
C’est difficile de donner des chiffres précis, puisqu’il n’y en a pas, tout simplement. On sait qu’environ 8.000 personnes souffrant de handicap sont redirigées vers la Belgique et parmi elles, environ la moitié sont des autistes. Donc il y a au moins 4.000 autistes (sur environ 600.000 en France, ndlr) qui sont contraints de s’exiler en Belgique. Au moins, car beaucoup de ceux qui partent ne sont pas diagnostiqués. Ce serait pourtant simple de croiser les données pour déterminer un chiffre précis, mais il n’y a pas la volonté de le faire. C’est hallucinant.

Pourquoi y a-t-il un départ aussi massif vers un pays voisin ?
Il faut différencier les enfants et les adultes. Pour les enfants, ce sont pour beaucoup des transfrontaliers. Les plus éloignés sont ceux qui viennent d’Ile-de-France. En Belgique, où il y a une scolarisation de droit, il existe de nombreuses classes spécialisées. La France, elle n’offre quasiment rien. C’est pourquoi les parents font le choix, si on peut parler de choix, de scolariser leur enfant en Belgique, où deux systèmes se côtoient : l’école ordinaire et les écoles spécialisées. Et dans les deux cas, pour les enfants autistes, le niveau est exceptionnel, c’est remarquable.

Pour les adultes, c’est simple : il n’y a pas d’offre médico-sociale en France. Pour eux, il n’est même pas question de choix, puisqu’en France il n’y a rien. Alors à partir de 15-16 ans, les grands adolescents dont le comportement pose problème sont obligés de partir quand leur famille, totalement épuisée, n’en peut plus.

L’accueil des adultes est-il si qualitatif en Belgique ?
Non, loin de là. En Belgique, ce sont souvent des établissements privés à but lucratif. Et il y a de tout. Des gens qui  font bien leur travail et des gens qui veulent avant tout faire de l’argent. Il y a d’ailleurs des structures qui ont été mises à l’index après que des mauvais traitements ont été constatés. Et le problème, c’est que les contrôles sont largement insuffisants.

La Belgique s’y retrouve en matière de créations d’emploi, de dynamisme économique. C’est un business. D’ailleurs, il ne se passe pas une semaine sans que l’on reçoive, au siège de l’association, des fascicules, souvent très luxueux, pour vanter tel ou tel établissement.

Cette situation est-elle satisfaisante ?
Non, bien sûr. C’est un scandale, c’est honteux pour la France. Mais tout le monde s’y retrouve, alors on occulte le problème. Il faut pourtant cesser absolument cesser l’exil en Belgique. Cette situation ne peut pas durer éternellement, c’est inacceptable. Il faut un plan Marshall pour l’accueil des autistes en France. Quand on pense qu’un centre d’accueil de 30 personnes autistes coûte 2 millions d’euros par an, ça donne une idée des moyens à mettre en œuvre. Il faudrait plusieurs milliards et on n’en aura même pas un. Donc le problème va rester.