Pourquoi le numérique à l'école n'est pas un outil miracle

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Pourquoi le numérique à l'école n'est pas un outil miracle
@ FRED DUFOUR / AFP
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L'utilisation des nouvelles technologies dans les classes n'est pas forcément un gage de réussite, selon un rapport de l'OCDE. 

Faut-il être connecté pour mieux apprendre à l'école ? Alors que de nombreux gouvernements, dont la France, misent à fond sur les outils numériques à l'école, un rapport de l'OCDE publié mardi souligne que le "e-enseignement" n'est pas en soi un gage de réussite. Pour la première fois, les compétences numériques des élèves de 15 ans ont été évaluées à partir des données recueillies lors de l'édition 2012 du programme Pisa (Programme international pour le suivi des acquis des élèves).

>> Que faut-il retenir de cette vaste étude ? Europe 1 fait le point.

Contrairement à ce que l'on pourrait penser, les pays qui ont beaucoup investi dans le numérique à l'école n'ont pas enregistré d'amélioration notable des résultats en compréhension de l'écrit, mathématiques et sciences. Les élèves qui utilisent beaucoup le numérique en classe ont même de moins bons résultats que les autres. Un exemple très concret : distribuer une tablette numérique à chaque collégien comme l'a promis François Hollande est une erreur. 

Car selon les chercheurs de l'OCDE, les pays où les élèves passent moins de 15 minutes par jour sur ordinateur ou tablette en classe sont ceux qui obtiennent les meilleurs résultats. C'est le cas de Singapour ou de la Corée du Sud, et même de la France qui figure aujourd'hui dans le haut du classement. A l'inverse, des pays comme l'Espagne où les élèves passent plus de 30 minutes par jour sur un support numérique obtiennent des résultats en nette baisse.

Former les profs. Surtout, il ne suffit pas d'équiper massivement les élèves et leurs classes d'outils numériques pour obtenir une amélioration des résultats, encore faut-il y former les enseignants et bien définir des finalités pédagogiques, insiste l'OCDE dans son rapport.

"Ce n'est pas la quantité de l'utilisation" du numérique "qui compte, c'est la qualité", estime Francesco Avvisati, analyste à l'OCDE. L'exemple australien montre que le numérique à l'école apporte quelque chose si les professeurs sont formés ou ont de l'expérience. En revanche, "les pays qui ont donné la priorité à l'équipement ont une tendance plus négative", comme la Pologne. Pour que les nouvelles technologies soient efficaces, "il faut partir des usages", "répondre à des finalités pédagogiques", insiste encore cet expert.

Un avertissement pour la France. Ce rapport de l'OCDE sonne donc comme un avertissement pour François Hollande. Le plan pour le numérique à l'école expérimenté en France, et qui sera généralisé à la rentrée 2016, "ne fonctionnera que si les enseignants y adhèrent, s'ils y sont bien formés et si une culture de la collaboration se met en place", résume Éric Charbonnier, expert en charge de l'éducation à l'OCDE.

En mai 2015, François Hollande a annoncé qu'un milliard d'euros serait consacré en trois ans à son plan pour développer le numérique à l'école. Tous les élèves devront disposer, en 2018, d'un outil numérique en classe. Ce plan prévoit également trois jours de formation pour les enseignants et le développement de ressources pédagogiques numériques.