Père Patrick Desbois : "Ce que fait Daech, c'est un génocide en plein jour"

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Dans La fabrique des terroristes, le Père Patrick Desbois alerte sur la réalité de l'Etat islamique et livre les témoignages de victimes yézidies récemment libérées.

INTERVIEW

Le Père Patrick Desbois, conseiller auprès du Vatican, publie La fabrique des terroristes dans lequel il révèle des secrets de Daech, obtenus grâce aux témoignages reçus lors de ses six voyages dans les camps de réfugiés yézidis au Kurdistan. Il était l'invité de Jean-Pierre Elkabbach mardi sur Europe 1.

"En 2016, on peut dire 'on n'a rien fait'". L'homme le dit sans ambages, l'ouvrage est bel et bien "un appel au secours". "Avec Nastasie Costel, on a interviewé plus de 110 personnes, femmes, enfants, personnes âgées. Ce que fait Daech à 5 h des frontières françaises est "un génocide, que l'on peut connaître par n'importe quel Facebook puisqu'ils sont les spécialistes des vidéos et ils exportent ce qu'ils font. C'est un génocide en plein jour" pour lequel personne n'a été jugé. "En 1942, on pouvait dire 'on ne savait pas', en 2016, on peut dire 'on n'a rien fait'", s'insurge le père Desbois.

Croiser les témoignages. Pour interpeller avec son livre, il s'est longuement entretenu avec des personnes libérées par Daech depuis "moins de trente jours". Il cite par exemple cette femme qui avait été achetée par un juge islamique et qui devait assister aux exécutions décidées par son mari. Ceux qui sont délivrés ont été rachetés par leur famille. "La famille doit parfait donner 15.000 dollars pour racheter un garçon et 25.000 dollars pour une fille."

Pour s'assurer d'entendre la vérité, le père Patrick Desbois a croisé les témoignages. "Lorsque l'on interviewe une fille qui a été à un endroit, on en interview une deuxième, puis une troisième. Et quand une ville est libérée, on se rend sur place et on découvre les fausses communes et les endroits d'incarcération."

Entendu sur Europe 1
Daech, c'est très archaïque et très moderne. 

Implosion des familles. A partir des témoignages, le père décrit comment Daech procède en arrivant dans une ville. "Ils entourent un village, disent qu'ils ne vont rien faire, demandent de se convertir à l'islam et d'aller à l'administration comme il était fait pour les Juifs. A l'administration, on les sépare : les bébés sont donnés à des familles islamistes, des médecins de Daech vérifient la puberté des garçons : si le garçon est pubère, il est fusillé avec les hommes, s'il n'est pas pubère, il sera envoyé dans les camps d'entraînement. Une médecin femme vérifie la virginité des filles. Si elles ont vierges, elles vont être emmenées dans des prisons puis vendues." Le père Desbois n’omet pas la prostitution et la drogue "qui est partout".

"Les meilleurs envoyés à l'étranger". Les jeunes enfants de 8 à 12 ans qui vont en camp d’entraînement - mobiles pour faire face aux attaques de drones - sont séparés, en "trois commandos", décrit-il : ceux qui attaquent les maisons avec des kalachnikovs, ceux qui se font kamikazes et ceux qui posent des bombes. "On les force à ne parler qu'arabe, on leur change leur prénom, leur identité. Certains, quand ils reviennent ne savent même plus qu'ils sont Yézidis." Enfin, les "meilleurs sont sélectionnés pour être envoyés à l'étranger" sans savoir si cela veut dire "la Syrie, la Libye, la Tunisie ou l'Europe".

Sexe et argent. Le Père insiste sur un point : les tortures et méfaits sont filmés et même mis en scène. "Daech, c'est très archaïque et très moderne. Ils utilisent les médias sociaux." Au delà d'une pratique "dévoyée de l'Islam", il résume ainsi l'Etat : "Daech, c'est d'abord la mort, le pouvoir, la corruption, le sexe et l'argent".