Un ancien prêtre condamné pour pédophilie se confie : "Je peux encore être attiré"

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Exclu par sa hiérarchie il y a neuf ans après une condamnation pour des agressions sexuelles sur plusieurs enfants, un ancien prêtre pédophile a décidé de parler sur Europe 1.

L'ENQUÊTE DU 8H

Cela fait neuf ans qu'il a été exclu de l'Eglise. Pour Europe 1, un prêtre pédophile a choisi de raconter, d'expliquer. Sa parole est rare. Cet homme, aujourd'hui âgé de 63 ans, a commis des agressions sexuelles de façon répétée sur plusieurs enfants. Il habite dans un petit village en France, mais souhaite rester anonyme.

L'Eglise savait et n'a rien fait. L'homme dénonce l'absence de réaction de l'Eglise qui, selon lui, savait tout de ses dérives. Il commet ses premières agressions à l'adolescence. Une fois entré au séminaire, à 20 ans, il recommence dans les camps pour enfants. Certains de ses collègues s'en rendent compte et lui demandent de surveiller son attitude. Rien de plus. "Le seul prêtre qui a fait son travail, c'est à la fin de ma formation, quand j'ai été ordonné diacre. Une maman s'était plainte d'un baiser que j'avais donné à son garçon. Un 'smack', c'est tout… Et elle en a parlé au curé, qui en a parlé à l'évêque. Voilà, c'est tout", se souvient-il. Après le séminaire, l'homme a continué ses agissements. "L'évêque, à qui mon curé s'était adressé, m'a nommé en aumônerie de collèges et de lycées ! Vous imaginez ? C'est absolument aberrant !", s'émeut-il.

Une fois, j'ai demandé pardon à une victime, parce que mon confesseur la connaissait…

"Je ne me suis jamais considéré comme malade". L'homme est ordonné prêtre sans problème, et sans aucune sanction, malgré une dizaine d'attouchements sur une période de cinq ans. L'Eglise le change de paroisse. "Elle n'a pas pris en compte mon problème, elle l'a seulement déplacé", déplore l'ancien religieux. À l'époque, le prêtre n'a pas conscience de commettre un délit. "Moi, je ne me suis jamais considéré comme malade. La pédophilie, c'est une orientation sexuelle", estime-t-il. Lui, l'homme de foi, avait-il au moins conscience de commettre un péché ? "Je me demande quelle conscience j'avais… Je me confessais. Une fois, j'ai demandé pardon à une victime, parce que mon confesseur la connaissait…", confie-t-il.

Un ex-prêtre pédophile lâché par le clergé. Pendant encore quelques années, les agressions se poursuivent. Mais au début des années 2000, une affaire le rattrape. Deux plaintes sont déposées contre lui. Il passe alors 15 mois en prison, et est contraint à un suivi médical pendant cinq ans. Le pape Benoît XVI l'exclut de l'Eglise. L'ex-prêtre est alors lâché dans la nature. Aujourd'hui, l'Eglise veut mieux faire. Si elle tâche de changer ces prêtres d'environnement, elle ne veut pas les abandonner, pour continuer à avoir un contrôle sur eux.

Je ne commets plus d'agression. C'est la seule chose que l'on me demande

Les "tentations" sont toujours là. Désormais, l'ancien prêtre distribue les journaux au petit matin. Il se rend à la messe tous les jours. Depuis sa condamnation, l'homme a consulté plusieurs psychiatres. "Je peux encore être attiré…", avoue-t-il. "Je me mets des barrières. Bien sûr que je me méfie de moi-même. Ici, vous voyez, il y a tous les enfants des écoles qui traversent, ils vont à la cantine. Quand je me sens attiré par une personne, j'essaie d'être vigilant et de ne pas aller dans ce sens-là. Je ne commets plus d'agression. C'est la seule chose que l'on me demande", explique-t-il.

L'ancien prêtre affirme qu'il aurait voulu en parler avant de passer à l'acte, mais qu'il ne savait pas vers qui se tourner. Il réclame aujourd'hui davantage de structures, vers lesquelles les pédophiles peuvent se tourner en amont, pour une parole libre et sans jugement.

Prendre des mesures en amont. "Il faut permettre aux personnes qui sentent cette attirance envers les enfants de pouvoir s’exprimer librement sans être assimilés à des monstres", explique-t-il. Aujourd’hui, on traite la récidive plus que la pédophilie. La meilleure chose à faire, c’est que les pédophiles puissent se prendre en charge, puissent s’ouvrir, comme le fait l’association de Latifa Bennari, l’Ange Bleu, où des agresseurs sont mis en contact avec des victimes pour faire leur faire prendre conscience de ce qu’ils font. Et il ajoute : "Les agresseurs ne se rendent pas compte des dégâts qu’ils font, des ruines qu’ils sèment dans le cœur des enfants. Il faut leur dire aussi à eux que le Seigneur est là et qu’un avenir pour eux est possible aussi".

Rencontrer des victimes. "C’est à mon avis le seul moyen de faire prendre conscience à un pédophile les dégâts qu’il peut commettre : rencontrer des victimes. Ce ne sont pas les grands discours, les grands mots qui nous aident dans ces cas-là". Et il évoque son cas personnel : "Mes victimes, elles sont présentes dans ma prière tous les jours, je pense à elles, je vis avec elles. Si certaines voulaient me rencontrer, je le ferais bien volontiers".