Ouragan Irma à Saint-Martin : la polémique monte sur l'impréparation de l'État

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La population sinistrée de Saint-Martin ne décolère pas alors qu'elle attend encore par endroits des secours, et accuse l'État de défaillances dans sa gestion du passage de l'ouragan Irma.

La vie commence doucement à reprendre son cours à Saint-Martin, après le passage de l'ouragan Irma et la dissipation de la menace de l'ouragan Jose. Les secours sont en action, les arbres qui jalonnent les routes sont tronçonnés, des engins de chantier déblayent, les gendarmes filtrent les voitures et discutent avec la population, le téléphone revient... Malgré tout, la colère ne retombe pas parmi la population sinistrée et fatiguée d'attendre des secours, et qui accuse l'État de défaillances.

"On a besoin d'eau et de nourriture". "C'est très mal géré ! Avant, après et pendant" la catastrophe, déplore au micro d'Europe 1 Gisèle. "À l'heure actuelle, on a besoin d'eau et de nourriture. Il y a des gens qui n'ont rien à manger ! Une amie a mangé seulement une demi-sardine hier", poursuit cette habitante pour qui "il n'y a pas assez" sur l'île. Elle s'inquiète également de l'arrivée d'infections et de moustiques, sans moyen pour se prémunir.

Vers des émeutes populaires ? Victorien Lurel, élu au Conseil régional de Guadeloupe, a déploré également sur Europe 1 le manque d'anticipation des autorités face à l'arrivée de l'ouragan. "On est désabusé et je pense que l'État a pris pleinement conscience de l'état catastrophique de la situation à Saint-Martin et a repris les choses en main. Mais on aurait pu mieux anticiper. On aurait pu faire davantage, mieux et autrement", critique cet ancien ministre des Outre-mer. 

"C'était prévisible et par exemple on aurait pu évacuer les malades, prépositionner un certain nombre de forces, et faire une meilleure communication. On aurait pu mieux expliquer, c'est peut-être là le déficit le plus béant", illustre Victorien Lurel. Selon lui, l’exécutif n'est pas à l'abri d'une contestation dans la rue si les problèmes ne sont pas vites résolus : "si ces choses là ne sont pas réglées rapidement, dans l'ordre et s'il le faut avec un encadrement militaire, il y aura des émeutes populaires", prévient-il en évoquant le "traumatisme" des sinistrés.

L'État se défend. Face à ces accusations, l'État a assuré dimanche avoir "été à la hauteur" dans sa gestion du passage de l'ouragan Irma. Christophe Castaner, porte-parole du gouvernement, a reconnu dimanche dans le Grand Rendez-vous d'Europe 1 un "sentiment d'insécurité" réel. Mais "depuis quatre jours, les services publics de l’État sont hyper mobilisés", a-t-il assuré. "Nous savions depuis quelques jours que le risque était extrêmement élevé. Nous avions mis des militaires, notamment des services de santé, de soin, en Guadeloupe parce qu’il aurait été inopportun de les mobiliser sur le site à risque", a-t-il défendu. 

"Jamais je ne laisserai dire que les services de l'État, que les services de la collectivité territoriale, n'auraient pas été à la hauteur. (...) Chacun ici a fait tout ce qu'il avait à faire", a de son côté martelé Annick Girardin lors d'une conférence de presse dimanche à Saint-Martin, au moment où la gestion de crise du gouvernement est la cible de critiques de tous bords politiques. "C'est la première fois qu'un cyclone est aussi important et frappe un de nos territoires français", s'est-elle justifiée. Face aux pillages, la sécurité figurait au rang des priorités de la gestion de crise, a rappelé la ministre. Maintenant que le second ouragan Jose est passé sans faire de dégâts supplémentaires, Saint-Martin "entre dans une nouvelle phase", selon elle : celle de "la vie qui reprend" et de la "reconstruction".