"Mayotte est devenue une zone de non droit"

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L'île entame sa troisième semaine de grève générale pour protester contre l'insécurité. Les habitants réclament un retour à l'ordre et des moyens pour l'ensemble des services publics de l'île.

Mayotte, le 101e département français, vit des jours troublés. Une troisième semaine de grève générale, visant à protester contre l'insécurité, vient d'être entamée. Les habitants réclament un retour à l'ordre public. Le président des Républicains Laurent Wauquiez, sur place pour un déplacement de trois jours, dénonce un abandon de Mayotte par le chef de l'Etat.

Un hachoir dans un cartable. Depuis le début de l'année, les interventions des gendarmes se comptent par centaines, des voitures se font caillasser à coups de boules de pétanque, des touristes se font dépouillés, menacés avec des sabres. La violence est présente partout. Depuis plusieurs mois, les agressions violentes se multiplient, jusque dans les écoles. Comme à Sada, à l'ouest de l’île où une bagarre a éclaté en février. Les enfants portaient sur eux des couteaux, des marteaux, et même un hachoir qui a été retrouvé dans un cartable.

"Il faut que la population puisse vivre". Mayotte est gangrenée par la pauvreté et la violence. Et selon certains, cette délinquance est directement liée à l'immigration clandestine qui arrive des Comores, l'île voisine. "Quelqu'un qui vit dans un territoire sans moyens et qui veut survivre, la seule chose qui lui reste, c'est d'aller voler et piller", déclare Salim Nahouda. Pour ce membre du Collectif défense Mayotte, "ce sont les jeunes abandonnés qui font les lois". "Il y a des bandes armées. Sur les plages on est menacés, quand on est chez soi, on a tout le temps peur. Mayotte est devenue une zone de non droit", détaille-t-il. Avant de conclure :"Il est temps que le gouvernement prenne les choses au sérieux. Il faut que la population puisse vivre".

La réponse insuffisante du gouvernement. La semaine dernière, la ministre des Outre-mer, Annick Girardin, a annoncé l'envoie de deux pelotons de gendarmerie supplémentaires sur l'île. Mais ce n'est pas assez pour les manifestants, qui réclament davantage de moyens pour l'ensemble des services publics de Mayotte. Et les maires soutiennent leurs administrés : ils menacent de ne pas organiser la législative partielle à la fin du mois, si le gouvernement ne réagit pas d'ici là. En attendant, lundi, ils ont laissé leurs mairies fermées en signe de protestation.


Mise à jour le 6 mars à 17h38. Répondant à l'Assemblée à la députée LR de Haute-Savoie Virginie Duby-Muller, qui l'a interpellée sur la situation de l'île, Annick Girardin a souligné que Mayotte était "le territoire de tous les défis", mais aussi "un "héritage que nous allons assumer". "Oui, Mayotte c'est 84% de personnes qui vivent sous le seuil de pauvreté, (...) c'est quatre fois plus de population en trente ans, (...) c'est 45% de population étrangère en situation irrégulière, (...) c'est la première maternité de France, et oui, pour être au rendez-vous, il nous faudrait créer une classe par jour", a-t-elle dit. La ministre a jugé "scandaleux qu'il y ait eu des violences dans les établissements scolaires, c'est pour ça que nous avons deux pelotons de mobiles en cours pour sécuriser la rentrée la semaine prochaine". "Mais ce n'est pas suffisant", a-t-elle ajouté, et "d'autres types de mesures", seront annoncées "dans les prochaines heures" avec le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb, a-t-elle assuré.

Mais "la question est de se dire quel est l'avenir de Mayotte? ", a-t-elle poursuivi, soulignant que la départementalisation de Mayotte, en 2011, "a été accompagnée, pas par ce gouvernement, par plusieurs gouvernements, de manière insatisfaisante". "Nous allons proposer aux élus du territoire d'ouvrir une conférence sur l'avenir de Mayotte", qui sera mise en place "avec les résultats des assises des Outre-mer, et après avoir rétabli la sécurité, parce qu'il faut travailler avec du calme", a insisté Annick Girardin.