Mais qui veut enseigner en Seine-Saint-Denis ?

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Mais qui veut enseigner en Seine-Saint-Denis ?
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ENQUÊTE E1 - Si peu d'enseignants veulent aller enseigner dans le 93, c'est notamment parce qu'il est ensuite difficile d'être muté ailleurs.

Recherche enseignant désespérément... La Seine-Saint-Denis manque cruellement de profs au point que des parents d'élèves de la ville de Saint-Denis, exaspérés par les classes sans enseignant ou surchargées depuis la rentrée, ont créé "un ministère du bonnet d'âne" pour interpeller les services de l'Etat. Si le département peine à recruter, c'est que les candidats pour enseigner dans le 93 ne se bousculent pas. Pourquoi ce manque d'attractivité ? Europe1 a mené l'enquête.



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Une nomination "punition" pour certains. Etre nommé en Seine-Saint-Denis est vécu comme une punition par certains enseignants. A la rentrée de septembre, il manquait d'ailleurs 450 instituteurs dans l'académie. Un paradoxe car la Seine-Saint-Denis est l'académie en France où les candidats ont le plus de chances d'avoir le concours.

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Des stratégies pour éviter le 93. Beaucoup d'aspirants enseignants font tout pour éviter d'être affectés dans ce département. La solution radicale ? Ne pas passer le concours dans cette académie et ne prendre ainsi aucun risque d'y être nommé.

C'est précisément ce qu'a fait Olivia, future institutrice, alors qu'elle n'a jamais mis les pieds dans le département. "Ce que l'on entend dans les médias sur les banlieues ne donne pas vraiment envie", a confié la jeune femme à Europe1. "C'est peut-être des clichés, des préjugés, mais comme on n'y est pas, on ne peut pas vraiment savoir", reconnaît-elle. Mais ce qui refroidit par-dessus tout la jeune femme dans la perspective d'aller enseigner dans ce département, c'est autre chose : "Si on tente d'y aller, on risque de ne pas pouvoir sortir parce qu'ils ne nous laisseront pas partir. Il faut accepter de se dire : je passe toute ma vie en Seine-Saint-Denis". Un pas qu'Olivia n'était pas prête à sauter.

27 ans d'attente avant d'être muté. Olivia n'a pas tort : une fois nommé en Seine-Saint-Denis, un instit célibataire doit attendre 27 ans en moyenne avant d'obtenir une mutation, selon les syndicats. Certains ont donc le sentiment d'être "en prison" : non seulement ils ont beaucoup moins de chances d'être mutés qu'ailleurs mais il est aussi impossible pour eux d'obtenir un temps partiel ou même un congé sabbatique du fait des effectifs extrêmement serrés.