L'islam compatible avec la République ? "C’est une évidence, ça va de soi !"

  • A
  • A
Partagez sur :

Mohamed Chirani, consultant en prévention de la radicalisation a réagi à l’interview du Premier ministre Manuel Valls dans Libération. 

INTERVIEW

Manuel Valls aimerait "faire la démonstration que l’islam, grande religion dans le monde et deuxième religion de France, est fondamentalement compatible avec la République." Dans une longue interview publiée mercredi par Libération, le chef du gouvernement se prononce pour l’interdiction du voile à l’université au nom de la laïcité, mais défend également l’image d’une France multiculturelle : "Ce qu’il faut réussir, c’est ce beau mélange qui consiste à la fois à rester nous-mêmes, avec nos valeurs républicaines, notre langue, notre mode de vie, l’égalité hommes-femmes, et aussi à accueillir la richesse de la diversité, sans lui demander jamais de renoncer à ce qu’elle est !", déclare-t-il.

L'islam compatible avec la démocratie et le "vivre ensemble" ? "Je dis oui ! C’est une évidence, ça va de soi !", a réagi au micro d’Europe Midi Mohamed Chirani, consultant en prévention de la radicalisation et auteur du livre Réconciliation Française, notre défi du vivre ensemble. Selon ce spécialiste, la place des musulmans dans la République a notamment été mise à mal par les attaques terroristes. "Quand en novembre il y a des attaques faisant 130 morts, se revendiquant, prenant en otage des musulmans en disant que ça a été fait de manière conforme à l’islam, ça peut introduire des doutes dans l’opinion."

Une communauté prise en otage. "Il faut dire à nos compatriotes ce qui se passe aujourd’hui chez les musulmans. C’est-à-dire que nous même, musulmans, nous sommes pris en otage par une idéologie radicale. Et ce n’est pas l’islam mais une idéologie apparue dans le monde musulman qui malheureusement fait beaucoup de dégâts", explique-t-il. "De l’autre côté, il y a une opinion publique qui ne connait pas bien l’islam et qui voit des gens commettre des crimes au nom de cette religion. Nous sommes pris en tenaille entre les deux."

Une minorité agissante. Alors que Manuel Valls a parlé d’une "bataille culturelle" contre le salafisme, Mohamed Chirani tient à préciser : "Quand on parle de salafisme il y a deux volets, le salafisme quiétiste non-violent, et le salafisme-wahhabisme violent dont se réclame Daech. La majorité des salafistes en France ne sont pas violents." Il poursuit : "Le salafisme-wahhabisme est incompatible avec le vivre-ensemble et les valeurs de la République. Tous les problèmes que l’on a dans l’espace public viennent de cette idéologie qui a fait de l’apparence, d’un code de conduite avec beaucoup d’interdits le cœur de la religion." Pour Mohamed Chirani, cette "minorité agissante a fait de l’islam un moyen de régler ses comptes identitaires avec l’Occident."

Le voile. Le Premier ministre a également indiqué lors de son entretien qu'il était favorable à une extension de l'interdiction du voile. Une proposition qui ne fait pas l'unanimité au sein du gouvernement. "Ce qui a été fait pendant des siècles ne pourra pas se défaire avec une phrase ou une loi", relève de son côté Mohamed Chirani. "Il y a un conditionnement psychologique et religieux selon lequel c’est devenu l’obligation par excellence de la religion… ça n’est pas le cas. C’est une tradition culturelle qui est devenue musulmane. […] L’islam ce n’est pas le voile", conclut-il.