Lecture : "Promouvoir une méthode syllabique stricte serait une erreur scientifique"

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Dans une interview à "L'Obs", le ministre de l'Éducation nationale indique qu'il souhaite abandonner la méthode d'apprentissage de la lecture dite "globale".

INTERVIEW

Dans une interview parue dans L'Obs mercredi, le ministre de l'Éducation nationale Jean-Michel Blanquer a relancé le débat, parfois explosif, sur les méthodes d'apprentissage de la lecture en CP. "Pour la lecture, on s'appuiera sur les découvertes des neurosciences, donc sur une pédagogie explicite, de type syllabique, et non pas une méthode globale, dont tout le monde admet aujourd'hui qu'elle a eu des résultats tout sauf probant", détaille-t-il.

Une formulation qui laisse place aux interprétations. Pour Roland Goigoux, professeur à l'ESPE de Clermont-Auvergne et directeur de recherche de l'étude "Lire et Écrire", interrogé lundi sur Europe 1, tout le flou de cette annonce réside dans la formulation "de type syllabique". "Les centres de formation dans lesquels je travaille n'ont reçu pour l'instant aucune directive, les enseignants non plus. On en est à faire des hypothèses sur le sens de cette formule. Il dit 'de type syllabique', la nuance peut être importante", estime l'enseignant.

Une hypothèse "inquiétante". Selon lui, l'hypothèse la plus probable est que le ministère "recommande aux professeurs un enseignement explicite des correspondances entre les lettres et les sons, dès le début du cours préparatoire." La seconde hypothèse est "plus inquiétante", de l'avis de Roland Goigoux : "promouvoir une méthode syllabique stricte". "Ce serait une erreur scientifique", dénonce-t-il. "Cela poserait deux interdits majeurs : faire lire aux enfants des mots entiers avant de leur avoir appris tous les éléments, et ne donner à lire aux élèves que des textes 100% déchiffrables. Notre recherche ("Lire et Écrire") montre qu'il faut que les textes soient suffisamment déchiffrables, à 70, 80%. Mais le diktat du 100% n'est pas raisonnable, et pas fondé scientifiquement", avance l'enseignant. 

"Il faudra bien que les pratiques soient plus complexes qu'une simple approche syllabique, qui se réduit à la maîtrise du déchiffrage", plaide Roland Goigoux. En d'autres termes, il faudra aussi rapidement apporter du sens et des éléments de compréhension à l'élève en cours d'apprentissage de la lecture.