Burn-out : l'Anbosyn, ni arnaque, ni potion magique

  • A
  • A
Burn-out : l'Anbosyn, ni arnaque, ni potion magique
@ AFP
Partagez sur :

Mis au point par des chercheurs du CHU de Bordeaux, ce complément alimentaire, censé réduire les effets de ce mal-être, est en rupture de stock. Mais les spécialistes sont sceptiques.

Le burn-out préoccupe les Français. Selon plusieurs études récentes, au moins 3 millions et demi de personnes souffrent d'épuisement professionnel en France. Mis au point par des chercheurs du CHU de Bordeaux, l'Anbosyn, un complément alimentaire censé réduire les effets de ce mal-être, rencontre un franc succès dans les pharmacies. Si bien que, depuis sa commercialisation en janvier dernier, l'Anbosyn est en rupture de stock dans de nombreuses pharmacies.

"Des clients nous appellent tous les jours". Cet engouement inquiète beaucoup les spécialistes. En l'espace de quelques jours, Valérie a vendu la totalité de son stock d'Anbosyn. Et elle n'est pas la seule : le laboratoire a écoulé les 20.000 boîtes mises sur le marché en France en janvier dernier. Depuis, cette pharmacienne de Bordeaux est obligée de refouler des clients. "'Est-ce-que vous avez de l'Anbosyn ? Vous savez, le produit contre le burn-out.' On a encore des appels plusieurs fois par jour. Parce qu'on a repassé en commande. Du coup, pas mal de clients nous appellent tous les jours. Après, ils ne nous posent pas trop de questions. Ils le veulent et voilà", commente la pharmacienne, qui a constaté un véritable engouement après la diffusion d'un reportage de France 3 Aquitaine sur ce complément alimentaire.

"Je recommence à faire des choses". Les clients assimilent en effet ce médicament à un véritable produit "miracle". C'est le cas de Nicole, en dépression depuis plusieurs mois, et pour qui l'Anbosyn a tout changé, en seulement quinze jours. "Je recommence à vivre. Mon mari n'en revient pas. Avant je ne riais plus, j'avais envie de rien, malgré les antidépresseurs. Maintenant, je recommence à faire des choses. Depuis deux semaines, c'est net et clair", s'enthousiasme celle qui à l'origine avait acheté ce complément alimentaire pour son mari, avec qui elle gère une PME. Finalement, c'est Nicole qui bénéficie des effets de ce médicament, qui l'a incité à réduire la dose de ses antidépresseurs de 20mg à 5mg.

Une alternative aux antidépresseurs ? C'est d'ailleurs pour éviter d'avoir recours aux antidépresseurs que Ludovic Beaulieu, victime d’un burn-out, a conçu l'Anbosyn. Ce complément alimentaire, composés de produits naturels, constitue ainsi pour lui une solution alternative. Il s'agit en effet d'un simple mélange de melon (extramel), de protéines de lait, connus pour ses effets anti-anxiolytiques, de taurine, au contraire utilisé pour un effet énergisant, et de éleuthérocoque, une plante utilisée pour la gestion du stress. Des essais cliniques ont d'ailleurs été réalisés sur 87 personnes - une première s'agissant d'un complément alimentaire. 50% des patients étaient sous placebo, et 50% prenaient véritablement de l'Anbozyn. Résultat : le traitement réduirait de 30 à 40% les effets du burn-out sur le moral, l’humeur ou encore le sommeil.

"C'est le mythe de la potion magique". Mais pour de nombreux spécialistes, ce médicament n'est que de la poudre aux yeux. Le psychologue Christophe Bagot suit des dizaines de cas de burn-out et il ne croit pas aux effets durables de ce complément alimentaire. "C'est le mythe de la potion magique, on est à terre, et l'on se remet à courir comme avant. On ne va pas régler certains problèmes qui sont ce lien au travail. L'Anbozyn permet peut-être de remettre des gens sur pied, quelque temps, mais ça ne les empêchera pas de rechuter plus tard", prévient le spécialiste.

Selon lui, ce complément alimentaire peut éventuellement atténuer les symptômes du burn-out, mais il ne traite pas le fond du problème. Sans suivi psychologique, le risque est donc de rechuter rapidement.

>> LIRE AUSSI - Un salarié sur trois est confronté au burn-out

>> LIRE AUSSI - Le "burn out" reconnu comme maladie professionnelle ?

>> LIRE AUSSI - Burn-out : quand le corps ne répond plus