Le chauffage au bois, une alternative écologique au nucléaire ?

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Le chauffage au bois, une alternative écologique au nucléaire ?
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Face à la baisse de la production électrique attendue cet hiver, certains plaident pour le chauffage au bois. 

Le bois pour compenser le nucléaire ? Face à la baisse de la production électrique attendue cet hiver du fait de l'arrêt de certains réacteurs, le Syndicat des énergies renouvelables (SER) plaide pour le chauffage au bois. Quelque "3,5 millions de ménages chauffés à l'électricité sont équipés d'un appareil de chauffage au bois", tout comme 4 millions de ménages chauffés avec une énergie fossile (fioul ou gaz), rappelle le SER dans un communiqué publié mardi. Mais le bois est-il vraiment une énergie si "renouvelable" que ça ? Décryptage.

Le bois pour compenser les réacteurs ? En général, le bois utilisé dans les cheminées, les poêles et des chaudières est "une énergie complémentaire", explique le SER. Si tous les détenteurs de cheminées se mettent à se chauffer au bois en plein hiver, cela permettrait de réduire l'équivalent de l'utilisation de 5.000 kilowattheures par an et de diminuer la pointe de puissance électrique "de 5 à 10 GW" en période de grand froid. Ce qui représenterait entre 5 et 10 réacteurs nucléaires, alors que Réseau de transport d'électricité (RTE) estime que l'équivalent de 9 réacteurs nucléaires seront indisponibles en moyenne sur l'hiver. Au-delà de cet hiver, "le développement du chauffage domestique au bois (renouvellement d'appareils anciens et primo acquisition) est stratégique pour garantir la sécurité d'approvisionnement", plaide le Syndicat des énergies renouvelables.

Est-ce vraiment une énergie si renouvelable ? S'il est une alternative possible aux chauffages classiques (pour les huit millions de foyers équipés), le bois ne fait pas l'unanimité chez les écologistes.  Certes, plus les Français se chauffent au bois, moins RTE est obligé de se servir de ses barrages hydroélectriques, ou des centrales thermiques au fioul ou au charbon, jugées très polluantes. Mais la consommation de bois implique également… la destruction de forêts.

Actuellement 50 millions de stères de bois bûches et un million de tonnes de granulés sont consommées en France. Ce qui représente à peine 60% du nombre d'arbres qui poussent chaque année. Mais le SER veut développer le secteur à vitesse en Grand V. Et demande aux politiques de se mobiliser en instaurant une "prime à la casse pour les vieux appareils de chauffage au bois", en baissant la TVA sur l'achat de combustible ou encore en favorisant l'emploi du secteur.

On ne fait pas pousser une forêt pour le bois énergie

Or, "le bois est certes une ressource renouvelable, mais elle n’est pas inépuisable", prévient Anne Bringault, membre du Réseau action climat et du Réseau pour la transition énergétique, citée par Le Monde. "La partie des domaines forestiers aujourd’hui non exploitée est souvent d’accès difficile. Accroître l’utilisation du bois énergie peut donc être incompatible avec une gestion forestière durable. Au niveau tant économique qu’écologique, on ne fait pas pousser une forêt pour le bois énergie, pas plus qu’on ne plante des pommes de terre pour valoriser les épluchures", renchérit-elle.

Les écologistes ne sont pas tous fermés à une utilisation du bois, à condition de réglementer drastiquement le secteur. Laisser du bois mort pour favoriser la biodiversité, favoriser les circuits courts de distribution, compenser la coupe par la plantation etc. sont autant de conditions à respecter pour éviter la déforestation.

Quid des gaz à effets de serre ? La filière bois met également en avant l'impact bénéfique du bois en termes d'émissions de gaz à effet de serre. Pourtant, le bois émet des particules fines polluantes lorsqu'il est utilisé dans un foyer ouvert. Selon le Centre interprofessionnel technique d'études de la pollution atmosphérique (Citepa), entre 20 et 35% des particules fines émises au niveau national proviennent en effet de la combustion à bois.

C'est pourquoi le Syndicat des énergies renouvelables incite les consommateurs à se munir de modèles labellisés "Flamme Verte", très peu polluants, tout comme il appelle les pouvoirs publics à favoriser l'achat de tels produits. En 2022, une directive européenne devrait d'ailleurs imposer des normes strictes pour éviter d'avoir la vente de poêles ou de cheminées trop polluants. En attendant, les détenteurs de cheminées à foyer ouvert soucieux de  préserver la planète devront limiter leurs moments au coin du feu.