L'aide-soignante "empoisonneuse" de retraités jugée aux assises

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L'aide-soignante "empoisonneuse" de retraités jugée aux assises
Les faits se sont déroulés à la maison de retraite du Césalet, entre 2012 et 2013.@ AFP
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L'aide-soignante comparaît devant les assises de Savoie, à partir de mardi, pour avoir empoisonné, avec des mélanges de médicaments, treize pensionnaires d'une maison de retraite.

Elle dit avoir voulu les "soulager". Une aide-soignante comparaît à partir de mardi devant les assises de Savoie pour avoir empoisonné, avec des mélanges de médicaments, treize pensionnaires d'une maison de retraite près de Chambéry, dont dix mortellement. Ludivine Chambet, bientôt 34 ans, est détenue depuis sa mise en examen fin 2013. Elle comparaît pour crime d'empoisonnement sur personnes particulièrement vulnérables.

Treize victimes. Les victimes, huit femmes et cinq hommes de 76 à 96 ans, étaient accueillies dans l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) Le Césalet, à Jacob-Bellecombette en Savoie, relevant du Centre hospitalier de Chambéry. "Il y a une certaine impatience pour comprendre comment cette mécanique infernale a pu se mettre en place", souligne Me Daniel Cataldi, avocat de huit familles. Des familles "traumatisées qui se posent bon nombre de questions, notamment le délai qui a été nécessaire pour se rendre compte de ce qui se passait".

Les faits commis durant un an. Les faits auraient été commis durant un an, de l'automne 2012 - peu après la prise de fonction de l'aide-soignante - à l'automne 2013. "S'il n'y avait pas eu la vigilance de ce médecin des urgences et ces analyses toxicologiques en novembre 2013, l'ardoise serait plus lourde encore", estime Me Cataldi. L'affaire débute en effet le 27 novembre 2013, avec le coma soudain d'Élise Maréchal, 83 ans. Hospitalisée, elle meurt le jour-même. Des analyses toxicologiques révèlent la présence de quatre psychotropes qui ne faisaient pas partie de son traitement.

D'autres cas de morts inexpliquées. Son décès faisant suite à d'autres cas rapprochés de morts inexpliquées parmi les pensionnaires, des cadres de l'Ehpad examinent alors les plannings des personnels soignants. "Le nom de Ludivine Chambet est revenu à plusieurs reprises", indique l'ordonnance de mise en accusation. La direction décide alors d'écarter la jeune femme de son poste, la médecin du travail la déclare inapte le jour même et la justice est prévenue. Interpellée le 10 décembre, Ludivine Chambet est placée en garde à vue.

Elle "ne supportait plus de voir d'autres personnes souffrir"

"Soulager les patients". Au cours de divers interrogatoires, elle admet avoir administré plusieurs produits à 11 patients, tout en se défendant d'avoir voulu les tuer. Sur les 13 victimes, 10 ont succombé aux malaises provoqués par l'empoisonnement, une de cause indépendante et deux n'étaient pas mortes. La jeune femme assure que son intention était de "soulager" ces patients "quand elle voyait qu'ils n'allaient pas bien ou qu'ils étaient angoissés", même s'ils ne lui avaient rien demandé et qu'aucun d'entre eux n'avaient exprimé l'envie d'abréger sa vie.

Décrite comme compétente et investie dans son travail, cette fille unique, célibataire et sans enfant, a raconté durant la procédure s'être beaucoup occupée de sa mère atteinte d'une leucémie aiguë, diagnostiquée en mai 2012 et fatale en juin 2013. La mort de sa mère, avec qui elle entretenait une "relation fusionnelle", l'avait plongée dans une "grande souffrance et une grande solitude", selon des membres de sa famille. Elle avait exprimé qu'elle "ne supportait plus de voir d'autres personnes souffrir".

Des recherches sur son ordinateur. L'expertise de son ordinateur personnel a mis au jour de nombreuses recherches sur les molécules administrées, ainsi que sur la mort par empoisonnement, aux intitulés sans équivoque : "médicament provoquant un arrêt cardiaque", "provoquer un coma", "tuer un homme", etc. 

"L'éclairage psychiatrique sera important, de même que l'absence de verrou de sécurité. Cet aboutissement infernal aurait-il pu être évité ?", demande Me Cataldi. Les parties civiles viendront avec "beaucoup de colère et de tristesse", prévient l'avocat en rappelant les "terribles" exhumations des défunts pour analyses. L'avocat de Ludivine Chambet, Me Thomas Bidnic, préfère "réserver la primeur de ses observations à la cour". Sa cliente risque la réclusion criminelle à perpétuité.