Lactalis : les parlementaires veulent "contrôler les contrôleurs et contrôler les contrôlés"

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La commission d'enquête parlementaire chargée de l'affaire du lait Lactalis contaminé à la salmonelle propose un certain nombre de préconisations pour éviter un nouveau scandale sanitaire.

INTERVIEW

Les auditions ont duré quatre mois. La commission d'enquête parlementaire qui s'est penchée sur l'affaire Lactalis, après la contamination à la salmonelle de 36 nourrissions qui avaient bu du lait produit dans l'usine de Craon, rend ses conclusions mercredi. "Contrôler les contrôleurs et contrôler les contrôles", résume sur Europe 1 Christian Hutin, le président de cette commission d'enquête, à propos des préconisations du rapport. 

"L'auto-contrôle n'est pas suffisant" pour les industriels. "Quand on est contrôlé, l'auto-contrôle n'est pas suffisant, c'est à dire que l'auto-contrôle doit aussi être contrôlé. Et les contrôleurs, qui sont les laboratoires, doivent eux aussi être contrôlés. Il faut faire attention qu'il n'y ait pas de problèmes d'influence, de chiffre d'affaires, etc.", détaille le député socialiste du Nord. "Quand un laboratoire qui contrôle a 90% de son chiffre d'affaires lié à une seule entreprise, ça peut poser problème. Ça ne devra plus être le cas si le gouvernement suit nos préconisations". 

Selon des révélations du Canard enchaîné, deux contrôles réalisés en interne par Lactalis avaient mis en évidence la présence de salmonelle dans l'usine de Craon, en août et novembre 2017, mais n'avaient pas été rendus publics. Dans le même temps, l'État a effectué 16 interventions entre 2005 et 2017 pour faire des prélèvements sur le même site, mais ceux-ci ne visaient pas à trouver des salmonelles.

Mettre en place une responsabilité pénale en cas d'infraction. Christian Hutin va même jusqu'à évoquer la possibilité de mettre en place "une forme de responsabilité pénale" qui se traduirait par des sanctions financières pour les industriels peu regardants à l'égard des contrôles sanitaires. "Les gens qui ne respectent pas une forme de déontologie et de rigueur sur les auto-contrôles, je pense qu'il faut les toucher au portefeuille. On les touche au portefeuille, et ça commence à bouger. Ça n'existe pas pour le moment, il est temps de le faire", insiste-t-il. 

Vers une police alimentaire. Pour garantir l'efficacité des contrôles, Christian Hutin demande surtout à l'Etat de mettre fin à la "guerre des polices", ce qui impliquerait la création d'une entité spécifique, dédiée au domaine de la sécurité alimentaire. Le député dénonce ainsi l'"armée mexicaine" qui oeuvre actuellement, avec "trois ministères : la Santé, Bercy et Agriculture, c'est pas possible". "Il faut que ce soit très clair : un numéro unique, un site unique, une décision unique", martèle-t-il.

Renforcer la réactivité du dispositif retrait/rappel. Alors qu'une série de défaillances dans cette affaire a permis à la grande distribution de continuer à vendre des lots contaminés malgré les consignes des autorités sanitaires, l'élu appelle aussi à "réformer le système retrait/rappel". "J'ai proposé un crash-test, comme ça se fait pour les banques ou les collèges quand il y a un incendie. Un jour l'Etat dit : 'tel produit doit être retiré de la vente'. Et on contrôle immédiatement !", explique Christian Hutin. "Le risque sanitaire est un problème, mais le risque terroriste existe aussi. Imaginons un fou qui décide de mettre des produits dans des bouteilles d'eau, ça peut arriver [….] il est grand temps d'avoir une possibilité de retrait des produits dangereux, inquiétants pour les consommateurs", insiste-t-il. Le député propose également la mise en place d'"un responsable par magasin qui soit responsable de la santé publique".