Fondamentalisme, radicalisme, islamisme, salafisme… quelle différence ?

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Fondamentalisme, radicalisme, islamisme, salafisme… quelle différence ?
@ FRANK PERRY / AFP
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LEXIQUE - Depuis les attentats, plusieurs mots sont employés pour pointer du doigt certaines dérives de l’Islam. Mais sont-ils employés à bon escient ?

"Fondamentalisme", "radicalisme", "intégrisme", "islamisme" ou encore "salafisme"…  Depuis les attentats du 13 novembre, revendiqués par Daech, de nombreux mots sont employés pour pointer du doigt certaines dérives autour de l'islam. Tour à tour, ces mots sont mélangés, confondus et parfois même dévoyés. Europe 1 vous propose un lexique pour y voir plus clair.

  • "FONDAMENTALISME"

Ce qu’en dit le Larousse. "Tendance de certains adeptes d’une religion à revenir à ce qu’ils considèrent comme fondamental, originel, et intangible dans les textes sacrés".

L’analyse. Le "fondamentalisme" peut s’appliquer à de très nombreux courants, quelles que soient les religions. "Le terme vient même du protestantisme. La révolution luthérienne appelait à ‘revenir aux fondamentaux'. Comprendre : revenir au texte, à la Bible, et se détacher de son interprétation par l’Eglise et les Evêques", rappelle ainsi Bernard Godard, ancien conseiller Religion au ministère de l’Intérieur (de 1997 à 2014) et auteur de La question musulmane en France. Du coup, "c’est péjoratif en France mais pas forcément dans le monde anglo-saxon. En France, il y a une extension de la définition. Cela désigne ceux qui respectent les fondements d’une religion de manière aveugle, y compris quand ils vont à l’encontre des lois", poursuit le spécialiste.

Les fondements peuvent désigner les textes, mais aussi le mode de vie des premiers croyants. Ce qui n’implique pas forcément la violence. La grande question est la suivante : à quels fondements fait-on référence ? "Certains mettent l’accent sur les mœurs : le fidèle est donc dépolitisé, et le terrorisme refusé car il est trop moderne, impur. Ils peuvent être critiquables car ils entrainement une certaine rupture avec la société. Mais ils ne sont alors pas des menaces pour la sécurité", ajoute Raphaël Liogier, sociologue spécialiste des religions à l’Institut d’étude politique d’Aix en Provence, auteur du livre le Complexe de Suez, le vrai déclin français.

  • "RADICALISME"

Ce qu’en dit le Larousse. "Attitude d’esprit et doctrine de ceux qui veulent une rupture complète avec le passé institutionnel et politique" ou "attitude d’esprit d’une intransigeance absolue". Radical : "se dit d’une organisation, d’une attitude visant à des réformes profondes de la société".

L’analyse. Le radicalisme est peut-être le mot le plus lourd de sens… et en même temps celui qui en a le plus. "Dans les pays anglo-saxons, le radicalisme concerne n’importe quel mouvement qui passe à la violence. Mais en France, cela désigne aussi une rupture de la société, entraînée par une certaine vision de la religion", selon Bernard Godard, l’ancien conseiller du ministère de l’Intérieur désormais écrivain et conférencier. Mais le mot "radical" se dit aussi de quelqu’un qui va au fond des choses.

"Le radicalisme suppose une étude poussée des textes religieux. Les ‘radicaux’ fréquentent le même imam, ils s’habillent souvent tout de blanc, couleur de la pureté", commente Raphaël Liogier. Qui insiste : "le mot ‘radicalisation’ est donc dévoyé lorsqu’il est employé pour Daech et ses recrus. Ils n’ont pas le temps de travailler le texte : ils prennent du temps pour préparer leurs voyages, leurs attentats…". Pour le spécialiste, "il faut donc nécessairement un Observatoire des identités, avec des sociologues, des psychologues, capables de repérer en amont les comportements potentiellement dangereux".

  • "ISLAMISME"

Ce qu’en dit le Larousse. "Désigne les courants les plus radicaux de l’islam, qui veulent faire de celui-ci non plus essentiellement une religion, mais une véritable idéologie politique par l’application figée de la charia et la création d’Etats islamiques intransigeants".  

L’analyse. Les islamistes sont des musulmans qui entrent dans un jeu politique. Ils ont un corpus, une construction idéologique et ils en font un projet politique. Ils peuvent jouer le jeu de la démocratie (les Frères musulmans en Egypte, par exemple, qui parviennent au pouvoir par les urnes en 2012), être utopiques, totalitaires lorsqu’ils sont déjà au pouvoir… ou guerriers lorsqu’ils veulent le conquérir par les armes. "Daech est ainsi considéré par certains comme une mouvance islamiste violente. Mais ils portent davantage une utopie sanguinaire qu’un projet politique", commente Bernard Godard.

  • "SALAFISME"

Ce qu’en dit le Larousse. "Courant fondamentaliste de l’Islam, qui prône aujourd’hui un retour à la religion pure des anciens en recourant à une lecture littérale des sources".

L’analyse.  A l’origine du "salafisme", il y a le terme "Salafiya", qui désigne "un retour aux pieux croyants". Mais cette définition vaste s’est précisée avec le temps. Aujourd’hui, le salafisme désigne un littéralisme. En clair, une version de l’Islam qui respecte à la lettre ce qu’il y a dans les textes religieux. "S’il y a marqué main de Dieu dans le Coran, un littéraliste va penser que Dieu a vraiment une main. Il n’y a pas d’interprétation, pas de métaphore", explique Raphaël Liogier.

Les mouvements salafistes sont aussi marqués par une volonté de constituer des micro-sociétés pour faire vivre ce mode de vie respectueux des textes. "Cela peut se faire dans la discrétion (ce sont les ‘qiuétistes’)… ou en adoptant une position défensive, voire violente. D’où une porosité possible avec le terrorisme", décrypte Bernard Godard. En France, toutefois, la majorité des salafistes (entre 15 et 25.000 personnes) sont rattachés aux clercs (oulémas) d’Arabie Saoudite, qui prônent la non-violence envers le système politique dans lequel ils se trouvent. En outre, si une porosité existe, le terme salafisme ne s’applique pas à Daech et ses recrus. "Ils n’ont pas une lecture littérale des textes. Ils puisent dedans en n’en retiennent que ce qu’ils veulent", selon le sociologue Raphaël Liogier. 

  • "DJIHADISME"

Ce qu’en dit le Larousse. "Nom par lequel on désigne les idées et l’action des extrémismes qui recourent au terrorisme en se réclamant de la notion islamique de Djihad".

L’analyse. Dans l’Islam, il y a le grand Djihad, qui signifie "combat sur le chemin de Dieu", un effort sur soi-même pour combattre ses passions. Et le petit Djihad. Celui-ci, au Moyen-âge, désignait la défense de l’Islam lorsqu’il était attaqué. Mais le djihadisme qui en découle désigne, aujourd’hui, clairement le terrorisme pratiqué au nom de l’Islam. "Certains musulmans s’en insurgent, d’ailleurs, car le Djihad ne peut être proclamé que par une Haute autorité musulmane. Le problème étant : qui est cette autorité ?", analyse Bernard Godard.

  • "INTÉGRISME" 

Ce qu’en dit le Larousse. "Attitude de certains croyants qui, au nom d’un respect intransigeant de la tradition, se refusent à toute évolution ou interprétation des textes sacrés".

L’analyse. Le terme a été popularisé grâce aux débats autour de Vatican II. Il désignait, à l’origine, ceux qui voulaient appliquer INTEGRALEMENT la tradition, comme la messe en latin par exemple. Aujourd’hui, il désigne encore ceux qui veulent revenir à l’Eglise catholique d’avant Vatican II. "Dans le monde musulman, on en a parlé à propos de l’Iran, après la révolution islamique. Mais il y a plutôt un consensus entre chercheurs pour dire que ce mot est dépassé. Est-on intégré, pas intégré ? Ça ne veut pas dire grand-chose", conclut Bernard Godard.