Femmes SDF : "le viol et la violence physique deviennent une monnaie d'échange"

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Anne Lorient, ancienne femme SDF qui a passé quinze ans dans la rue, témoigne sur Europe 1 des violences sexuelles que subissent régulièrement les femmes sans-abri.

INTERVIEW

Elles sont peu visibles et pourtant. 38% des personnes qui vivent dans la rue sont des femmes, d’après les derniers chiffres de l’Insee. Et la quasi-totalité d’entre elles sont régulièrement victimes de viols et d’agressions sexuelles, comme en témoigne Anne Lorient, une ancienne SDF qui a passé plus de quinze ans dans la rue. "Une femme dans la rue est violée très, très rapidement, car ça devient une monnaie d’échange. Il n’y a pas d’argent entre les SDF, donc le viol et la violence physique deviennent de la monnaie", confie Anne Lorient, invitée d’Europe Soir vendredi.

Les cols blancs de La Défense. Dans son livre Mes années barbares, Anne Lorient raconte son calvaire dans la rue, mais aussi les nombreuses agressions sexuelles dont elle a été victime. Comme ce soir où, alors qu’elle dormait dans le parking de La Défense, à Paris, elle a été violée par un groupe d’hommes d’affaires qui sortaient du travail. "Les cols blancs abusent des femmes SDF. Sous La Défense, ils viennent régulièrement, et violent des hommes et des femmes, et même des enfants."

S'uriner dessus pour éloigner les hommes. Pour éviter au maximum d’attirer l’attention des hommes dans la rue et ne pas devenir des proies, les femmes sans-abri tentent tant bien que mal de ne pas se rendre visibles, voire de se rendre volontairement dégoûtantes. "Moi, j’étais en homme militaire, avec les cheveux rasés et en treillis. Mais en fait, ça ne change pas grand-chose car on a des seins, des choses qui font qu’on nous reconnaît quand même", détaille Anne Lorient. Elle évoque aussi le cas d’une amie SDF qui, pour se protéger d’un homme qui arrivait, s’urinait dessus pour le dégoûter et le repousser. "Mais ça ne marche pas, car ils peuvent arriver à plusieurs et vous immobiliser." 

L'insécurité des centres d'hébergement. Même dans les centres d’hébergement, les femmes sans-abri ne se sentent pas en sécurité. "La violence est partout. Je me suis fait violer par quelqu’un du personnel d’un centre d’hébergement", confie encore Anne Lorient. "Quand le 115 propose à une femme dans la rue une place dans un centre, elle refuse car, dans la rue, elle peut au moins se sauver, alors qu’au centre, elle est prise au piège."  Aujourd’hui, Anne Lorient a retrouvé un domicile, dans lequel elle vit avec ses deux fils. Après avoir raconté son calvaire dans Mes années barbares, elle voudrait "que son histoire devienne une expertise pour aider les autres femmes dans la rue".