En Ehpad, des pensionnaires "qu'on oublie de doucher pendant une semaine"

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Europe 1 a recueilli le témoignage d'un ancien aide-soignant qui raconte ce que subissent certains pensionnaires de maisons de retraite au quotidien.

TÉMOIGNAGE EUROPE 1

Alors qu'une mission parlementaire a rendu mercredi ses conclusions alarmantes sur les conditions de vie de certains pensionnaires d'Ehpad (Établissement hospitalier pour personnes âgées dépendantes), Europe 1 a recueilli le témoignage d'Alexandre, infirmier, qui a travaillé pendant cinq ans dans ce qui est communément appelé une maison de retraite. Si elle n'est évidemment pas représentative de tous les aides-soignants travaillant en Ehpad, son expérience illustre les conditions de travail et de vie dénoncées par les députés dans leur rapport. 

"Des seringues pour manger". Ces mauvaises conditions démarrent au repas. Alexandre raconte que dans l'Ehpad où il travaillait, on pouvait "forcer les gens à manger, notamment avec des seringues. En gros, on les gave alors qu'ils ne veulent pas forcément." Et quand ils ne sont pas "forcés à manger", les pensionnaires doivent ingurgiter des plats où le salé et le sucré sont mélangés "pour aller plus vite", raconte Alexandre.

Pas de douche pendant un mois. Autre moment qui confine à la maltraitance, selon Alexandre : la douche. "Soit on force les gens alors qu'ils ne veulent pas en prendre, soit c'est l'inverse. Et on oublie alors de doucher quelqu'un pendant une semaine, deux semaines, trois semaines, un mois… Il y a des établissements où il n'y a pas de suivi et où il est hors de question qu'il y en ait, parce qu'il ne faut pas qu'on se rende compte qu'on ne douche pas les gens." 

Manque de personnel et pression des supérieurs. "Quand j'y travaillais, il y avait cinq, six aides-soignants pour environ 56 patients", détaille Alexandre. Ce qui relève d'un manque de personnel. La hiérarchie n'arrange rien : "Il y a la pression des supérieurs et des directeurs d'établissements." Plutôt que de se révolter et demander des effectifs supplémentaires, certains baissent les bras et se font à ce quotidien. "Au début, ça choque toujours et puis insidieusement, sans s'en rendre compte, on bascule un peu dans cette manière de travailler. L'être humain s'adapte et on travaille comme ça."

Plusieurs mesures recommandées

La mission parlementaire sur les Ehpad a publié mercredi un rapport qui lance plusieurs pistes pour améliorer la situation dans les établissements problématiques. Premier élément : les députés demandent "la mise en place d'un groupe de travail sur l'évolution des missions des aides-soignants et la revalorisation de leur statut", explique Le Monde. Ils invitent aussi la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, à prendre des mesures pour imposer la présence d'infirmiers de nuit dans les Ehpad. Une mission d'information devrait voir le jour dans les mois qui viennent, avant une proposition de loi, sûrement l'année prochaine.