Détresse des agriculteurs : 30% d'entre eux gagnent moins de 350 euros par mois

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Selon la Mutualité sociale agricole (MSA), une grande partie des éleveurs touchent un revenu inférieur au RSA.

C'est un chiffre sidérant qui illustre bien le désespoir des agriculteurs : un sur trois gagne moins de 350 euros par mois, selon la Mutualité sociale agricole (MSA). C'est moins que le RSA. Entre précarité et lassitude, les agriculteurs sont à bout et la plateforme d'écoute mise en place par la MSA enregistre près d'une dizaine d'appels par jour. Cette année, elle a même reçu trois fois plus d'appels qu'en 2015.

"Acheter un jean à son enfant ? Pas possible". "L'été a été très dur. Mon mari a fait une tentative de suicide". La voix nouée, Catherine évoque sa situation. Éleveurs laitiers depuis 20 ans en Mayenne avec Pascal, son époux, ils gèrent une exploitation de 70 vaches et depuis un an, font face à des dizaines de milliers d'euros de dettes. Chaque mois, une fois réglés les charges et les emprunts, il ne reste rien. "Ras le bol de travailler tous les jours, se sacrifier et de ne pas gagner d'argent", déplore l'agricultrice. Très touchés par la crise, les agriculteurs représentent la catégorie sociale la plus touchée par le suicide, avec 20% de morts en plus que dans le reste de la population.

Parents de trois jeunes enfants, le couple fait difficilement face au quotidien. "Quand votre enfant vous dit "Maman, j'ai besoin d'un jean", je lui réponds "Attends un peu, nous, on ne peut pas", lâche-t-elle. "Pour les proches, c'est invivable" ajoute-t-elle. Avec des milliers d'appels de détresse chaque année, la plateforme d'écoute Agri'écoute fait état d'une détresse familiale importante. 

"Tout se casse la gueule". "J'en ai marre de bosser, bosser, bosser et de voir mes comptes dans le rouge en permanence", s'agace Catherine. "On a investi 300.000 euros et tout se casse la gueule", raconte l'éleveuse. Par fierté, elle avoue ne "jamais" vouloir aller aux Restos du coeur : "Je travaille, mince !".

Aujourd'hui, beaucoup d'éleveurs sont sous anti-dépresseurs. En un mois, deux collègues de Catherine et Pascal, économiquement et psychologiquement à bout, ont mis fin à leur jour.