Des éoliennes sèment la discorde entre la France et l'Australie

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La construction d’éoliennes sur un ancien champ de bataille de la Première Guerre mondiale, dans le Pas-de-Calais, où sont mort des milliers de soldats australiens inquiète Canberra.

En bordure de la route, s'élève une simple stèle devant un champ de plusieurs hectares. C'est là que reposent certainement des centaines de dépouilles de soldats. En 1917, des milliers d'Australiens, mais aussi des Britanniques et des Allemands, sont morts sur ce champ de bataille, situé dans le Pas-de-Calais. Mais dans trois ans, six éoliennes pourraient voir le jour sur le site, entre les villages de Bullecourt et Riencourt, sous la houlette du groupe Engie Green. Un projet que dénoncent les familles d'anciens combattants australiens, dont certaines viennent encore se recueillir tous les ans sur le sité. Alerté, le ministre australien des Anciens combattants, Dan Tehan, a même indiqué mercredi qu'il contacterait Paris "pour obtenir des clarifications à ce sujet".

Une terre "sacrée". Les familles des soldats considèrent en effet qu'il s'agit d'une véritable profanation. "Ce ne sont pas les éoliennes [qui posent problème], une route ça serait pareil. C'est le fait de bouleverser ce terrain où il reste encore des centaines de corps", explique à Europe 1 Colette Durand, présidente de l'association Amitié France-Australie. Gorge nouée, elle ne cache pas son émotion : "J'ai tellement vu de familles venir, marcher lentement dans les champs et pleurer, en disant : 'j'ai promis à mon père, qui lui-même avait promis à son père de venir se recueillir à l'endroit où il s'était battu'. Pour moi, c'est sacré !"

croix

Une croix commémore le sacrifice de milliers d'Australiens sur le champ de bataille. © Lionel Gougelot-Europe 1

La colère du maire. Le maire de Riencourt, Gérard Crutel, est également vent debout contre ces éoliennes. Il n'imaginait pas que la préfecture du Pas-de-Calais puisse signer un permis de construire pour ce site chargé d'histoire. "On ne mets pas d'éolienne à Lorette ou à Verdun. Il ne faut pas se moquer du monde ! 10.000 Australiens sont venus se battre pour nous et mourir sur notre territoire. Il faut les respecter, il y a des limites", s'indigne-t-il. La commune souhaite désormais que le site puisse être classé en lieu de mémoire pour qu'il devienne intouchable.