Des éco-quartiers construits sur des décharges industrielles

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L'association écologiste Les Robins des Bois tire la sonnette d'alarme. Les sols de nombreux éco-quartiers en France sont très pollués.

REPORTAGE

Verts en haut, pourris en dessous. C'est un paradoxe qui a de quoi étonner : de nombreux éco-quartiers sont construits sur des poubelles industrielles. L'alerte a été lancée par l’association écologiste Robins des Bois. Si l’immense majorité de ces chouchous de l’urbanisme actuel sont bien des bâtiments innovants en termes de performances énergétiques et de matériaux, ils sont bâtis sur d’anciennes friches industrielles dépolluées à minima à la fermeture des usines. Avec un risque sanitaire non mesuré.

Plomb, mercure, arsenic et amiante. A Toulouse, La Cartoucherie est bâtie sur des résidus de munitions dont du plomb, du mercure et de l’arsenic. Une pollution qui fait sans cesse reporter les travaux de l’école promise dans les plans initiaux. A côté de Roubaix, à Lys-lez-Lannoy, l’écoquartier a pris la place de l’usine sidérurgique de Stein, fermée en 2003 et dont le sol est truffé d’amiante. "L’usine ferme, le préfet prescrit des mesure de dépollution pour un futur usage industriel, il est donc dépollué à minima et un jour, il intéresse un aménageur, une collectivité ou un promoteur et par miracle il devient acceptable pour un usage résidentiel", résume Jacky Bonnemains, patron de l’association Les Robins des Bois.

Les habitants peu ou pas au courant. "La dépollution n’existe pas", abonde Françoise Lecoufle, maire de Limeil-Brévannes dans le Val-de-Marne. "Aujourd’hui, on gratte un peu la terre, on met une nappe géotextile et on remet 30 à 50 cm de terre propre par-dessus. la pollution reste", détaille l’élue de cette commune où l’éco quartier Les Temps Durables, voulu par son prédécesseur, repose sur 15 à 18 m de déchets dont des métaux lourds. Dans cet écoquartier, l’Agence régionale de santé (ARS) a interdit aux habitants de planter des fruits des légumes consommables dans leurs jardins. Mais dont de nombreux résidents qu’Europe 1 a pu rencontrer n’en ont pas connaissance. "Comment ça la terre ? Mon fils joue là-dedans", souffle une mère de famille locataire. Christian, lui, a été prévenu "oralement" de cette restriction mais "ça fait trois ans qu’on habite là, c’est un peu sorti de notre esprit", indique-t-il . Quant à Maria, retraitée, elle "n’aurait jamais acheté" si elle "avait su".

"Concessions à la précaution". Conséquence directe : les panneaux "à vendre" fleurissent sur les balcons. Mais combien de nouveaux acheteurs connaîtront les restrictions si elles ne sont pas dans les actes notariés ? Ailleurs, c’est carrément l’architecture qui s’adapte. A Lys-lez-Lannoy, il n’y a ni parking en sous-sol ni logements en rez-de-chaussée pour réduire les contacts entre les habitants et les polluants des sous-sols. "C’est totalement insuffisant", assène Jacky Bonnemains, des Robins des Bois. "Des années 1990 à 2000, 2005, c’était inimaginable mais comme ces terrains prennent de la valeur, on est prêts à faire des concessions à la précaution." Et de pointer du doigt "la pression démographique et le besoin d’habitat qui font que les collectivités vont trop vite, avec les encouragements de l’Etat."

"Enorme pression". A Limeil-Brévannes la maire Françoise Lecoufle confirme, le lobbying des promoteurs et l’insistance de l’Etat à faire construire des logements ont fait abandonner toute prudence. "Il y a une énorme pression", explique l’élue. "Le préfet, pour lui, ce n’est pas son problème, tant qu’on construit des logements c’est très bien. Moi j’étais dans l’opposition, on pensait que ça n’allait jamais se faire vu la qualité du sol… cela s’est fait quand même, maintenant il faut surveiller".  La mairie de Limeil-Brévannes réalise des prélèvements annuels pour vérifier qu’il n’y a pas d’émanation de polluants dans l’air. Pour l’instant rien à signaler. Cependant, quand elle a voulu lancer une enquête épidémiologique la préfecture l’en a dissuadée : "On m’a expliqué que les résultats ne seraient pas probants, que les gens avaient vécu ailleurs, travaillaient ailleurs et que ce ne serait pas concluant".