Comprendre le jeûne du ramadan en trois questions

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Comprendre le jeûne du ramadan en trois questions
@ MIGUEL MEDINA / AFP
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Le neuvième mois du calendrier musulman a débuté lundi. Ce mois sacré est synonyme de jeûne chez les fidèles.

Quel est le point commun entre un musulman français et un musulman ouïgour ? Un chiite iranien et un sunnite saoudien? Un malékite marocain et un chaféite philippin ? Tous ces croyants sont tenus de pratiquer le jeûne du mois du ramadan, l'un des cinq piliers de l'Islam (au même titre que l'attestation de foi, les cinq prières par jour, l'aumône aux pauvres et le pèlerinage à la Mecque). En France, ce mois sacré de l'islam a commencé lundi pour une grande partie des musulmans. Des millions de Français vont notamment se priver de nourriture chaque jour jusqu'au coucher du soleil, et ce jusqu'au 5 juillet environ, autrement dit en plein pendant l'Euro et les révisions du Bac. Europe 1 vous présente cette tradition sacrée en trois points.

Comment détermine-t-on les dates ? Ramadan est le neuvième mois de l'année, selon le calendrier musulman. En quelque sorte, "ramadan" est peu ou prou l'équivalent de "septembre". A l'instar du calendrier grégorien, le calendrier islamique compte 12 mois. Mais il ne compte que 354 et 355 jours selon les années, ce qui explique pourquoi la date du jeûne est décalée chaque année. En effet, le calendrier islamique est un calendrier lunaire : le mois commence lorsque la lune a effectué un cycle complet, et le nombre de jours par mois varie selon les années.

Pour déterminer le début d'un mois, plusieurs technique existent : celle du "calcul" (l'apparition de la nouvelle lune est anticipée selon un calcul astronomique), celle de l'observation à l'œil nu de l'apparition du croissant de lune à un endroit précis faisant référence (à La Mecque par exemple), où celle de l'observation à l'œil nu de l'apparition du croissant de lune depuis l'endroit où les fidèles se trouvent. C'est cette dernière qui est, pour l'instant, privilégiée en France. Chaque année, les autorités religieuses françaises, sous l'égide de Conseil français du culte musulman (CFCM), se réunissent donc pour observer l'apparition du croissant de lune, et annoncent le début du ramadan en France dans la foulée. Le ramadan de l'an 1437 du calendrier musulman (qui a commencé en 622 de notre ère, au moment de l'Hégire, l'exil de Muhammad et de ses fidèles de la Mecque vers Médine) a donc commencé lundi 6 juin pour les fidèles français.

Le prophète Muhammad (Mahomet) aurait choisi ce mois pour le jeûne après sa victoire à la bataille de Badr, contre ceux qui l'avaient contraint à l'exil vers Médine. Selon certains savants musulmans, c'est également ce mois que la révélation divine serait "descendue" sur Muhammad.

Pourquoi les musulmans pratiquent-ils le jeûne ? "Ô vous qui croyez, le jeûne vous est prescrit comme il l’a été à ceux qui vous ont précédé, ainsi atteindrez-vous la piété", lit-on dans le Coran, sourate 2 verset 183. Ce devoir est donc, selon les croyants, directement ordonné par Dieu. Durant ce mois sacré, les musulmans sont invités à s'abstenir de boire, de manger et d'avoir des relations sexuelles, des premières lueurs de l'aube - dès que l'on peut "distinguer un fil blanc d'un fil noir", dit le livre sacré - jusqu'au coucher du soleil.

Le jeûne du ramadan vise à favoriser la cohésion au sein de la communauté ou de la famille, notamment au moment de l'Aïd al-Fitr, la fête de la rupture du jeûne, lors de laquelle les fidèles se réunissent à la mosquée. Mais l'idée est aussi, comme l'indique le Coran, d'atteindre "la piété". Il s'agit de prendre de la distance vis-à-vis des "affects" terrestres. Plaisir, frustration, peur du manque, convoitise : l'idée est de se détacher de toutes ces affections liées aux sensations, aux attachements envers les choses de ce bas monde. Par le jeûne, il s'agit de s'éloigner des choses terrestres pour mieux se rapprocher de Dieu. L'idée est aussi, par l'ascèse, de se détacher de tout ce qui titille l'ego, le "moi", afin de favoriser l'orientation du regard vers les autres.

Dieu demande à ce qu’on préserve sa santé

Les savants recommandent d'ailleurs, pour que le jeûne du Ramadan prenne tout son sens, de l'accompagner d'une lecture intégrale du Coran pendant tout le mois (voire même d'une récitation). L'aumône et le don (aux plus démunis, à sa famille, ses amis) sont également mis en avant, durant tout le mois, et plus particulièrement au moment de l'Aïd al-Fitr.

Qui est concerné ? Le jeûne du ramadan est massivement suivi par les Français musulmans, avec plus de 70%, voire 80% de pratiquants parmi les deux à trois millions de fidèles, selon les études. Le jeûne est prescrit à tout musulman pubère. Des dispenses appelant des compensations - par un jeûne différé - sont prévues pour les voyageurs, les malades, les personnes âgées, les femmes enceintes ou venant d'accoucher. Qu'en est-il des sportifs ou de ceux qui exercent un métier pénible, surtout lorsque le jeûne doit se faire en plein été ? Les interprétations divergent : les plus traditionnels incitent ces fidèles à pratiquer le jeûne comme les autres, mais certains plus "libéraux" prônent une pratique du jeûne différée, comme pour les voyageurs, voire une substitution du jeûne par des bonnes actions.

"Dieu demande à ce qu’on préserve sa santé, Il n’a pas envoyé l’islam pour faire des hommes malades mais, au contraire, des hommes forts avec de bonnes conditions de santé pour vivre l’islam", explique, pour sa part, le recteur de la Grande Mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, dans une interview à Saphir News. Et de poursuivre : "Nous avons des devoirs envers notre corps car il ne nous appartient pas, il appartient à Dieu et Il ne nous a pas donné de corps pour l’humilier, le rendre malade [...] Il y a toute une éthique du corps humain en médecine musulmane. La santé en islam est le résultat d’un équilibre". Le Conseil théologique musulman de France (CTMF) a, pour sa part, émis une fatwa permettant aux élèves candidats à des examens "importants et déterminants pour leur avenir", comme le bac, par exemple, de rompre le jeûne.