Comment l'armée infiltre les réseaux sociaux djihadistes

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Comment l'armée infiltre les réseaux sociaux djihadistes
@ AFP/HOANG DINH NAM
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Des experts de l’armée française noyautent les réseaux sociaux djihadistes pour mieux connaître les méthodes des recruteurs et ramener à la raison les éventuels candidats.

L’opération est menée dans le plus grand secret depuis un an. Basée au sein du Centre interarmées d'actions dans l'environnement à Lyon, une cellule informelle de l’armée française est chargée d’infiltrer les réseaux sociaux utilisés par les djihadistes français pour une mission d'influence et de contre-propagande.

Cette équipe de soldats du web est constituée d’experts militaires utilisant toujours la même méthode. Selon nos informations, ils commencent par se créer un ou plusieurs pseudos sur des réseaux sociaux, comme Twitter et Facebook par exemple. Ils infiltrent la toile pour pénétrer la "djihadosphère" et se tisser un réseau très particulier. Cachés derrière leur fausse identité, cette poignée de soldats nouent des relations avec des recruteurs et des jeunes tentés par le djihad.

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Contre-propagande. Leur objectif est d’analyser les discours qui se tiennent en ligne et de là, comprendre le jeu de manipulation au sein de cette communauté sur le web. Les militaires tentent de gagner la confiance des uns et des autres pour obtenir le maximum d’informations.

Une fois intégrés à ce milieu, ils vont commencer à adapter leur discours et entament une phase de contre-propagande. En déconstruisant les arguments des recruteurs, ils veulent amener les candidats au djihad à s’interroger sur le discours d’endoctrinement. Le travail des "soldats du web" prend alors une dimension psychologique pour faire revenir les djihadistes en herbe à un raisonnement plus objectif.

Les dernières opérations de contre-propagande datent de la guerre d'Algérie. Le sujet est donc sensible.

Les dissuader avant l’interpellation. Si la dissuasion ne fonctionne pas, une intervention policière peut être envisagée. Dans ce cas, toutes les informations collectées pendant la phase préliminaire sont alors transmises aux services de renseignement chargés de l’interpellation.

A terme, cette unité officieuse comptera une cinquantaine d’experts en influence et en contre-propagande. Outre-Manche, Londres prévoit de créer un bataillon similaire de 1.500 soldats avec une mission supplémentaire : surveiller les "nations ennemies" sur les réseaux sociaux.

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