Charlie : les hommages mitigés des élèves

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Charlie : les hommages mitigés des élèves
@ DENIS CHARLET / AFP
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HOMMAGE - Une minorité d’élèves qui a semé le trouble pendant la minute de silence de jeudi en hommage à Charlie Hebdo.

#JesuisCharlie. Le hashtag a été largement suivi sur les réseaux sociaux et a été relayé dans les différents cortèges qui ont rendu hommage aux victimes de la tuerie de Charlie Hebdo. Mais dans les collèges et lycées de France, force est de constater que la minute de silence et les discussions qui l’ont précédée ont parfois été troublées par des élèves qui ne se sentent pas Charlie du tout. Mais il s’agit d’une infime minorité. C'est ce qu'a pu constater Europe 1. 

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"Quatre élèves ont refusé de faire la minute de silence". "Une minorité", voilà le mot qui revient le plus souvent dans la bouche des témoins et acteurs qu’Europe 1 a pu contacter. "Sur les 15 élèves de ma classe, quatre ont refusé de faire la minute de silence et ont quitté la salle, sans être sanctionnés pour cela", rapporte Océane, élève en lycée professionnel dans une ville de province.

Même conclusion du côté des adultes ayant encadré les élèves. Catherine qui enseigne depuis 9 ans dans un collège ZEP de Seine-Saint-Denis, fait un compte-rendu positif : "mes deux classes de 3ème ont une très bonne attitude pendant la journée et dans la classe que j’ai eue pour la minute de silence, seuls 2-3 élèves n’ont pas désapprouvé l’attentat contre Charlie". Mais elle n’a eu, au final, aucun mal à faire respecter le silence pendant une minute. 

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"Deux élèves" rétifs "sur 1.400". Même son du côté d’un CPE d’un important lycée strasbourgeois : "deux élèves, sur un total de 1.400, ont clairement dit que ce qui était arrivé à Charlie Hebdo était normal car ils avaient bafoué le prophète Mahomet", avant d’être convoqués avec leurs parents chez le proviseur. Paula, à la tête d’un établissement parisien, relève zéro incident. Ses élèves se sont montrés "tristes, choqués" par la tuerie de Charlie Hebdo. Certains sont arrivés en noir, "avec sur les bras des inscriptions au crayon ‘jesuischarlie’". Ces élèves ont rendu hommage "debout", pendant la minute de silence.

Christine, professeur de mathématiques dans un collège parisien, est moins sereine quand elle relate le déroulement de la journée de jeudi : "des élèves n’ont rien trouvé de mieux à faire que de crier ‘allah akbar’ pendant la minute de silence et dans les couloirs". Mais la population de son collège, majoritairement d’origine défavorisée, a été au final globalement réceptive au message d’hommage à Charlie.

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© XAVIER LEOTY / AFP

De l’importance de débattre. Face à cette minorité d’élèves, les réactions diffèrent. La jeune Océane déplore que dans sa classe, aucun de ses camarades n’ait argumenté face à des élèves qui se félicitaient de l’attentat visant le journal satirique, dénonçaient "les juifs" comme "maîtres du monde" ou encore déclaraient : "Dieudonné est interdit de s’exprimer et pas Charlie Hebdo ?". Elle rapporte à Europe 1 que son professeur "s’est montré atterré" mais de peu de poids face à ces "fort en gueule". "Il expliquait que Charlie pratiquait l’humour mais ça ne servait à rien, les autres élèves gardaient le silence". La jeune élève souhaiterait se plaindre auprès de sa direction de l’attitude de cette minorité mais se taira. "Peur des représailles", explique-t-elle. 

Dans la classe de Catherine en Seine-Saint-Denis, au contraire, la majorité n’est pas restée silencieuse. "Même si beaucoup ne comprennent pas l’humour de Charlie ou même désapprouvent qu’on se moque des religions, ils étaient choqués qu’on puisse tuer des dessinateurs". Globalement, elle se félicite que les discussions "aient été constructives". 

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Les profs en cause ? Des professeurs seraient-ils incapables de ferrailler avec cette minorité d’élèves revendicative ? Paula est catégorique. Ancienne professeure et chef d’établissement en Seine-Saint-Denis et désormais à la tête d’un collège parisien, elle pointe du doigt les professeurs "qui ne sont pas autant cultivés qu’avant" ou "ne se sentent pas attachés aux valeurs de la République". "Si les élèves sentent chez leur prof un manque de conviction, ils prennent du coup la liberté de provoquer", explique-t-elle. Le remède selon elle ? "Pour rappeler que nous sommes à l’école de la République, il faudrait enseigner beaucoup plus d’éducation civique". 

Apprendre aux élèves à réfléchir. Pour Catherine, le problème est ailleurs : "il faudrait que tous les professeurs, et pas seulement ceux d’histoire-géo, soient capables d’enseigner l’éducation civique et d’organiser des débats entre élèves". Là est le cœur du problème selon elle : "les professeurs, dont moi-même, closent trop le débat quand un élève sort une énormité parce qu’il ne faut pas perdre de temps pour avancer dans les programmes". Résultat ? "On n’apprend pas aux élèves à réfléchir et à aiguiser leurs arguments". Et les provocateurs peuvent alors avoir le dernier mot. 

Des paroles que pourrait approuver Christine. La prof de maths se dit "soulagée" de ne pas avoir eu de classe pendant la minute de silence. "Moi, je fais des maths, je me sens clairement incapable d’argumenter face à des élèves qui se diraient en faveur des terroristes". 

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