Ces agents de l’hôpital public contraints de cumuler deux emplois

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En région parisienne, des infirmiers et aides-soignants cumulent plusieurs emplois pour compléter leurs petits salaires.

Les infirmiers ou les aides-soignants qui travaillent à l’hôpital en région parisienne ont souvent deux emplois : à l’AP-HP (Assistance publique-Hôpitaux de Paris) le jour, dans une clinique privée la nuit ou pendant leurs jours de repos. Emmanuelle, une infirmière de 43 ans, gagne 1.700 euros par mois. Pendant plusieurs mois, cette mère de deux enfants séparée a enchaîné les journées à l'hôpital public et pendant ses jours de repos elle faisait des vacations dans une clinique privée, payées 150 euros. "J'avais besoin d'argent. Voyant que c'était une pratique assez répandue parmi mes collègues, et qu'il y avait une forme de tolérance, je me suis lancée et je savais que ça pouvait aller jusqu'à un renvoi mais je n'avais pas le choix", explique-t-elle.

Ces "cumulards" sont d'ailleurs très souvent des femmes (elles représentent 80 % des agents de l'AP-HP) en difficultés financières : 50% sont en situation de famille monoparentale et gagnent entre 1.300 et 1.800 euros par mois.

10.000 cumulards ? Pour les syndicats du secteur, le cumul est un secret de polichinelle connu de Martin Hirsch, le directeur des hôpitaux de Paris. Certains avancent le chiffre de 10.000 agents cumulards sur 74.000 agents, hors médecins. Un chiffre démesuré pour Gérard Cotellon, le DRH de l'assistance publique, qui regrette de ne pas avoir les moyens de lutter contre le cumul : "C'est une pratique dangereuse. Quand vous êtes en cumul d'activité vous mettez en danger les patients", s'inquiète-t-il. "On n'a jamais eu autant de personnes en cumul. Il faut savoir que des organismes comme l'Urssaf refusent de croiser les fichiers avec nous. Les impôts ont l'information et refusent de nous la communiquer. Cela devrait être très simple, sauf que ces administrations refusent."

Une nécessité pour les cliniques ? Problème : le phénomène prend de l'ampleur car les cliniques privées manquent de personnel. Selon Julien, ancien infirmier qui a assuré jusqu'à deux temps plein en même temps, elles ne pourraient pas fonctionner sans ces "cumulards". "Dans les deux cliniques dans lesquelles je travaillais, 75% des gens qui faisaient des nuits étaient des cumulards. Et clairement si l'on n'avait pas été là, les cliniques n'auraient pas eu assez de personnel pour assurer les nuits. Le jour où l'on décide qu'on ne peut plus cumuler, ces établissements ferment tout simplement". Le phénomène s'étend au-delà de la région parisienne, dans toutes les grandes villes de France, là où le coût de la vie a sensiblement augmenté ces dernières années.