Hospitalisé pour une banale opération de la prostate, il meurt

  • A
  • A
Partagez sur :

Le comportement du chirurgien de Bourges pendant l'opération a été pointé par l'équipe médicale. Les proches n'ont appris la vérité que plusieurs mois après le décès du patient. 

Il était entré au centre hospitalier Jacques-Cœur de Bourges en janvier, pour une banale intervention de la prostate, mais il est mort sur la table d’opération. Ce patient, âgé de 60 ans, n’a pas seulement succombé à une erreur médicale, mais à ce qui s’apparente à "une boucherie". Les proches de la victime ont porté plainte pour "homicide involontaire"; le récit de l’anesthésiste et des infirmières mettant directement en cause le comportement du chirurgien.

Le praticien serait arrivé au bloc très agité, aurait hurlé contre le matériel "de merde", et contre ses collègues. Dans un premier temps partiellement anesthésié, le patient voit et entend tout. Très vite, décision est prise de l’endormir complètement. L’opération aurait dégénéré, avant que l'homme ne finisse par succomber à un arrêt cardiaque.

"Il a assassiné mon père". Emilie Latour, la fille de la victime, n’a découvert la vérité qu’après plusieurs semaines grâce au témoignage de l’équipe médicale : "Il a assassiné mon père. On veut savoir pourquoi il était comme ça, et de quel droit ? Ce qu’on veut, aujourd’hui, c’est qu’il aille en prison et que l’hôpital soit mis devant ses responsabilités. Ils nous ont caché ce qui s’est passé", raconte-t-elle au micro d'Europe 1 Midi.

Parole contre parole. La principale difficulté pour l’enquête est que l’autopsie a été rendue impossible par l’incinération de la victime. Pour l’avocate du centre hospitalier : "On ne peut pas, sur des déclarations qui ont été faites par des praticiens ou des infirmiers, dire que le chirurgien était dans un état dit 'anormal'. Malheureusement, il peut y avoir parfois des difficultés relationnelles parmi les membres de l’équipe médico-chirurgicale. Le témoignage humain est d’une relativité que nous connaissons, et je ne pense pas que l’atmosphère délétère qui est décrite dans ce qui s’est passé au bloc opératoire puisse conduire à qualifier de fautif ou non-fautif le geste chirurgical qui a été pratiqué."

Un cas complexe ? De son côté, le praticien invoque le cas particulièrement compliqué qui s’est présenté à lui. Il consulte toujours mais ne peut plus opérer, les anesthésistes refusant de travailler avec lui. Mais pour Philippe Courtois, avocat de la famille de la victime, la manière dont l’opération a été conduite pose problème : "On pourra démontrer que six litres de sang ont été transfusés – le corps humain en contient sept […] L’hémorragie était telle … il n’y a eu aucune hémostase [acte médical qui consiste à stopper un saignement, ndlr]", explique-t-il au micro de Jean-Michel Aphatie.

"La vérité a été cachée". Surtout, il pointe l’attitude de l’hôpital : "La direction n’a même pas fait de déclaration auprès du procureur de la République, elle n’a pas fait de déclaration auprès de l’ordre des médecins, n’a rien fait auprès de l’ARS. Il a fallu attendre notre plainte pour que tout cela s’enclenche", relève-t-il. "L’ensemble du corps médical qui était présent au bloc opératoire a demandé l’autopsie. La direction a dit non, on vous la refuse. La vérité a été cachée -il n’y a pas d’autres mots - à la famille."