Bientôt la dernière séance du dernier cinéma porno de Paris…

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Faute de repreneur, Maurice Laroche va baisser le rideau. "J’ai pris 34 ans de plaisir en venant travailler", raconte-t-il. 

REPORTAGE

La fin d'une époque. Le dernier cinéma X de Paris va fermer. Le patron du Beverley, dans le 2e arrondissement, rue de la vieille, à deux pas du Grand Rex a décidé de prendre sa retraite à 74 ans, après plus de 30 ans à la tête de ce lieu emblématique. Cette fermeture laisse les centaines de spectateurs hebdomadaires un peu orphelins.

Le Beverley, c'est d'abord une petite ruelle où certains hésitent, avant de rentrer furtivement. A l'intérieur, "Orgasme du troisième type", "Banane mécanique", "Extase à Bangkok",  les vieilles affiches de films X sont collées du sol au plafond. Maurice Laroche les côtoie depuis 34 ans : "Ha oui, ça va me manquer. J’ai des clients que je connais depuis 30 ans ! On ne quitte pas facilement un boulot qui vous plait."

"Les femmes ressemblent à des femmes, avec des vrais seins". Lui manquera aussi le vieux mécanisme de la borne à ticket d'époque ou sa cabine de projection éclairée par de vieux néons orange. Posée dessus, une bobine de film prête à l'emploi. Maurice Laroche en a près de 200, essentiellement du porno des années 70. Une certaine vision du X qu'il défend : "dans les films, c’est le plaisir avant tout. Les femmes ressemblent à des femmes, avec des vrais seins, elles ne sont pas rasées. Il y a des décors, une belle histoire, des châteaux, des Rolls… c’était du vrai cinéma ! Maintenant, c’est clac-clac-clac-clac, il faut que ça aille vite, la mise en condition, on n’a plus le temps".

A l'intérieur de la salle, plusieurs dizaines de personnes. Beaucoup d'hommes, des habitués dont les cheveux gris dépassent des sièges en skaï rouges. Les mouchoirs sont à vendre, 60 centimes le paquet, au cas où... 

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"Ici, c’est autre chose, il y avait un côté familial". Paris comptait une quarantaine de salle classé X à la fin des années 70. Avec Internet, elles ont fermé les unes après les autres. Depuis 10 ans, la clientèle du Beverley a été divisée par deux. Alors ceux qui restent craignent d'être reconnu, sauf cet habitué : "j’ai passé l’âge, je m’en fous". Lui venait ici pour braver l'interdit : "c’est bien triste, ce sont les sex-shops et tout ça qui ont pris le dessus, sans doute. C’est l’usine. Ici, c’est autre chose, il y avait un côté familial".

Sans repreneur, le propriétaire souhaite maintenant quitter la capitale, sans regret : "j’ai pris 34 ans de plaisir en venant travailler. Si tout le monde pouvait dire la même chose, ce serait merveilleux !"