Bébés échangés à la naissance : "réparer un mal inestimable"

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Bébés échangés à la naissance : "réparer un mal inestimable"
@ AFP
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TÉMOIGNAGE - La justice rendra mardi sa décision dans l'affaire des bébés échangés à la naissance il y a 20 ans. Les familles réclament 12 millions d'euros pour le préjudice.

Sophie Serrano a rencontré sa fille biologique pour la première fois 10 ans après avoir accouché dans une clinique de Cannes. L'enfant qu'elle avait mis au monde avait, en effet, été inversé dans sa couveuse avec une autre petite fille. Après avoir découvert cette erreur, les deux familles se sont rencontrées sans demander l'échange des enfants. Cette affaire hors du commun est jugée depuis début décembre à huis clos et la décision du tribunal de grande instance de Grasse est attendue mardi.

 Les deux familles réclament 12 millions d'euros pour se "reconstruire". Une somme importante "à la mesure du mal que l'on nous a fait", témoigne Sophie Serrano au micro d'Europe1.

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"Des années d'angoisse". "Nos vies ont été bouleversées par cette histoire", explique Sophie Serrano. "J'ai commencé à avoir de terribles angoisses et je n'ai pas pu continuer à travailler. Cela a été une descente aux enfers", a-t-elle témoigné sur Europe1.

"Être enfin mise hors de cause". "Depuis toutes ces années, j'ai le sentiment d'être mise en cause, de devoir justifier pourquoi je n'ai pas reconnu mon enfant alors que j'avais bien vu qu'il y avait quelque chose", raconte Sophie Serrano qui avait signalé à l'époque aux équipes soignantes que les cheveux de son bébé étaient différents à son retour de couveuse. Mais la jeune femme a 19 ans et c'est son premier enfant : "je ne pouvais pas me dire : 'ils sont entrain d'échanger mon bébé'". Cette action en justice est essentielle pour elle et sa famille : "j'ai besoin que la justice dise : 'c'est eux les responsables' pour que je ne me dise plus : 'c'est moi la responsable'".

12 millions pour "un mal inestimable". Les familles demandent à la justice 12 millions d'euros. Une somme d'un montant exceptionnel rarement demandé en France mais qui, pour Sophie Serrano, est justifié : "12 millions d'euros, c'est important, bien sûr, mais au même titre que le mal que l'on nous a fait qui, lui, est inestimable", tranche-t-elle.

Pour les deux familles cette somme (3 millions au titre du préjudice moral pour chaque enfant échangée, 1,5 million pour trois parents, 750.000 euros pour chaque frère et sœur et 100.000 euros de préjudice matériel) "permettrait d'aller de l'avant et de pouvoir se reconstruire", estime-t-elle. Une façon aussi de tourner une page "parce que depuis dix ans cette histoire vit avec nous au quotidien et on a besoin de la mettre derrière nous".