Baisse de l'espérance de vie : "rien d'inquiétant", selon Hervé Le Bras

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Le démographe Hervé Le Bras a décrypté le bilan démographique de l'année 2015 publié par l'Insee, mercredi, dans la Matinale d'Europe 1.

INTERVIEW

Il n’y a pas lieu de s’inquiéter du premier recul de l’espérance de vie des Français et des Françaises depuis 1969, selon Hervé Le Bras. "Il faut relativiser", a-t-il expliqué mercredi dans la Matinale d’Europe 1. L’Insee a annoncé mardi, dans son bilan de l’année 2015, que l’espérance de vie avait reculé de 0,4 an chez les femmes et de 0,3 an chez les hommes.

Une baisse de l'espérance de vie en bonne santé. "Sur les quarante dernières années, les hommes ont gagné dix ans d’espérance de vie et les femmes huit ans et demi. On a une fluctuation, une fluctuation qui est un peu plus importante que d’habitude, sans doute liée en grande partie à l’épidémie de grippe pour laquelle le vaccin n’avait pas fonctionné." Plus que le recul de l'espérance de vie, c’est une autre donnée qui inquiète le démographe, qui constate un ralentissement de l’augmentation de l’espérance de vie "en bonne santé". "Il semble que la part de vie en mauvaise santé recommence à augmenter", constate-t-il.

Pas de baisse des naissances à cause des attentats de janvier. Le léger recul de la fécondité, passé en 2015 de 2 enfants par femme à 1,96 enfant, n’a rien non plus d’exceptionnel pour Hervé Le Bras. Il est le résultat d’une tendance lourde, à l’œuvre depuis plusieurs années. En 1974, les femmes étaient mères pour la première fois à 23,5 ans en moyenne. Aujourd’hui, elles le sont à 29 ans. "Quand on retarde (cet âge, ndlr), on a un peu moins de naissances dans l’année", détaille-t-il. Le démographe estime qu’il est encore trop tôt pour déterminer si le renouvellement de la population risque, à terme, d’être menacé par cette baisse.

Le scientifique ne redoute pas non plus de baisse de la natalité liée aux attentats du 13 novembre : "Quand on regarde mois par mois, les trois mois de 2015 où les naissances ont le plus baissé sont janvier, février et mars... Donc il aurait fallu que les grossesses durent un mois pour que ce (les attentats de janvier 2015, ndlr) soit la cause !".

Un solde migratoire qui n'a rien d'exceptionnel. L’Insee a également révélé mardi que le solde migratoire de l’Hexagone, c’est-à-dire la différence entre le nombre de personnes qui sont entrées et le nombre de personnes qui sortent du territoire, s’élevait à 47.000 en 2015. Un chiffre qui n’a rien d’exceptionnel, comparé à certains préjugés ou affirmations politiques sur une supposée "invasion" de réfugiés. "C’est bien que l’Insee le dise", s’est réjoui Hervé Le Bras. "Car ce n’est pas simplement cette année qu’on a un solde migratoire de 47.000. A peu près depuis 2008, il oscille entre 30.000 et 60.000 personnes, donc il y a effectivement eu très peu de migrants qui se sont dirigés vers la France."