Baccalauréat : vers la fin des filières L, ES et S ?

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Baccalauréat : vers la fin des filières L, ES et S ?
@ FREDERICK FLORIN / AFP
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La réforme du bac est lancée. Et parmi les pistes de réflexion envisagées : la refonte des filières du bac, pour créer plus de souplesse. Le débat s’annonce houleux. 

Il aura la lourde tâche de piloter la réforme du baccalauréat, qui doit entrer en vigueur en 2021. Pierre Mathiot, ancien directeur de Sciences Po Lille, a été nommé lundi dernier à la tête d'une mission en ce sens. S‘il doit d’abord consulter tous les acteurs concernés et si rien n’est encore tranché, le nouveau monsieur bac du gouvernement a déjà des pistes d’étude bien en tête. Et parmi celles qui annoncent un débat particulièrement houleux, il y a la potentielle refonte des filières  du lycée général (ES, L et S), comme l’assure Le Figaro vendredi.

Vers une "relative individualisation des parcours" ?

Pour l’heure, l’exécutif se montre prudent, tout en affirmant sa volonté de réformer le bac en profondeur. "Nous moderniserons le baccalauréat. Il y aura désormais quatre matières obligatoires à l’examen final. Les autres seront validées par un contrôle continu", promettait simplement le candidat Emmanuel Macron lors de sa campagne. Le ministre de l’Education, Jean-Michel Blanquer, se contente lui de se prononcer pour un bac "plus concentré, moins épais".

Pierre Mathiot, désigné pour mener à bien la réforme, assure pour sa part qu’il ne se contentera pas d’une réforme "technique". Il entend bien impulser "une réorganisation du lycée conduisant en 2021 à un bac réformé", indique-t-il au Figaro. "On peut imaginer une autre manière de délivrer le bac, avec des intitulés plus précis. Les trois années précédant l’examen seraient composées de parcours plus souples, voire à la carte, pour permettre une relative individualisation des parcours", poursuit, l’ancien directeur de Sciences Po Lille.

En finir avec cette voie pseudo-scientifique qui ouvre en réalité la porte du supérieur dans son ensemble

Le quotidien, lui, y voit une remise en cause nette de l’organisation actuelle des filières : "La principale nouveauté de la réforme pourrait être la déconstruction du lycée général divisé en séries : scientifique, économique et social, et littéraire". Le but de Pierre Mathiot, selon Le Figaro, serait "d’en finir avec cette voie pseudo-scientifique qui ouvre en réalité la porte du supérieur dans son ensemble. Le lycée pourrait alors sortir de la rigidité de ses filières, avec des parcours individualisés". Le tronc commun ferait alors la part belle aux matières scientifiques, à l’histoire et au Français pour être noté lors d’un examen final. Et les autres matières, choisies individuellement, seraient notées sur contrôle continu.

L’objectif serait double : permettre au lycéen de choisir des matières qui le prépareront mieux à l’enseignement supérieur et à son projet d’avenir. Et lui offrir la possibilité d’étudier aussi bien des matières littéraires que scientifiques, s’il le souhaite. Avec deux maîtres mots, donc : "souplesse" et "individualisation".

Un risque d’inégalité entre les lycées et les élèves ?

La piste évoquée par Le Figaro n’en est qu’au stade embryonnaire. Pierre Mathiot a déjà "près de soixante-dix entretiens prévus" avant la remise d’un premier rapport en janvier prochain. Et la suppression des filières n’est pas (encore) une piste officiellement défendue par le ministère de l’Education nationale.

Il faut dire que les débats s’annoncent particulièrement tendus. Le Syndicat national des lycées et collèges (Snalc) se dit pour sa part favorable à "une spécialisation des lycéens dès la classe de seconde". La Fage, principal syndicat étudiant, se prononce aussi pour "sortir de la logique des séries (L, ES et S par exemple), qui créent des inégalités entre les différents bacs".

Du côté du Snes, en revanche, on s’inquiète du déséquilibre que pourrait entraîner la mise en place d’un tel parcours "à la carte". "Nous craignons un peu la création d’un lycée taillé pour les ‘initiés’", explique à Europe 1 Frédérique Rolet, présidente du principal syndicat d’enseignants. "Les meilleurs élèves, qui ont des parents derrière eux, qui connaissent le système, pourront anticiper et fabriquer des parcours cohérents dès le début. Mais beaucoup d’élèves risquent de choisir des options par facilité, parce qu’ils trouvent une matière agréable, sans comprendre qu’ils se ferment des portes", alerte-t-elle, s’inquiétant également d’un déséquilibre entre les cours proposés par les établissements les plus "cotés" et ceux des autres. Le Snes, au contraire, prône "de renforcer les identités des filières". "La filière L doit se muscler, davantage préparer aux filières du supérieur, tout en gardant son identité", argumente Frédérique Rolet, ouverte également à des "passerelles permettant à un lycéen de basculer d’une filière à une autre plus facilement s’il change d’avis en cours de parcours".

Le risque est que cela ne soit pas l’intérêt pédagogique qui prime. Et que le lycéen se rende compte trop tard qu’il a fait les mauvais choix

Pour la sociologue Marie Duru Bellat, il y a "une logique" dans les pistes avancées par Pierre Mathiot. "Le système actuel de filières rigidifie les parcours. Dès la classe de première, l’élève est coincé dans une filière et il peut difficilement faire marche arrière. Une remise en cause de ce système permettrait de briser des murs". Mais cette spécialiste des systèmes éducatifs, interrogée par Europe 1, redoute, à l’instar du Snes, qu’un système à la carte entraîne de trop grands écarts entre les lycées, mais aussi entre les élèves. "Souvent, les élèves choisissent une option qui lui garantit des points. Le risque est que cela ne soit pas l’intérêt pédagogique qui prime. Et que le lycéen se rende compte trop tard qu’il a fait les mauvais choix, qu’il a trop vite tiré un trait sur une matière qu’il aurait continué à étudier dans le cadre d’une filière".

Une manière de dire que rien ne préparera mieux le lycéen à son avenir "qu’un vrai travail sur l’orientation, pourquoi pas pendant une année entière après le lycée", avance la sociologue. Une piste pas vraiment à l’ordre du jour pour le moment.