Bac 2017 : cette professeure recense les anti-perles, "ces petits éclairs de génie"

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Une professeure de lettres a décidé de recenser les plus belles phrases lues ou entendues pendant les épreuves du bac, afin de redonner une image positive des aspirants bacheliers.

Chaque année, le bac est l'occasion de se moquer - avec bienveillance certes, mais de se moquer quand même - des perles écrites par certains élèves dans leurs copies. Si certains professeurs s'amusent à relayer bourdes et autres réponses farfelues sur les réseaux sociaux, Françoise Cahen, elle, a pris le parti inverse. Cette professeure de lettres au lycée Maximilien Perret d'Alfortville, dans le Val-de-Marne, a décidé de recenser sur une plateforme participative les "anti-perles" : ces "petits éclairs de génie" des élèves de première et de terminale, exprimés à l'oral ou couchés à l'écrit.

Des "petits moments suspendus". "Ce n'est pas forcément les phrases les plus érudites, parce que beaucoup d'élèves nous récitent des choses très savantes, mais ce qu'on cherche à repérer, ce sont ces petits moments suspendus, où on voit la vraie rencontre de l'élève avec le texte littéraire", explique-t-elle sur Europe 1. "Il y a vraiment de belles choses qui se passent dans ces moments d'oraux."

De la critique de Cyrano… Parmi ses préférés, cette explication de la pièce Cyrano de Bergerac, d'Edmond Rostand, par "une élève parfaitement standard, qui avait bien appris son cours, bien sage, etc.". "Quand je lui ai demandé ce qu'elle pensait réellement de l'héroïsme de Cyrano, au lieu de faire l'éloge auquel je m'attendais, elle s'est exclamée : 'Sincèrement ? Je trouve que ce personnage est nul ! Si on y réfléchit bien, toute sa vie est entravée par un complexe ridicule : son nez ! Comme s'il fallait s'empêcher complètement de vivre pour son nez et prendre ça pour une forme d'héroïsme ! Mais moi je pense que Cyrano a tout raté. Son amour : il est passé à côté et il faudrait le féliciter ?... Sa mort : avec cette poutre qui lui tombe sur la tête, c'est minable...'. C'était vraiment un beau moment inattendu et extrêmement bien justifié", commente aujourd'hui Françoise Cahen.

Entendu sur Europe 1
Ce qu'on cherche à repérer, ce sont ces petits moments suspendus, où on voit la vraie rencontre de l'élève avec le texte littéraire

… à l'identification à Dom Juan. Il y a aussi cet autre élève, qui fait part de son identification à un autre grand personnage du théâtre français. "Molière, au 17ème siècle, m'a aidé à mieux me comprendre, moi jeune d'aujourd'hui, avec le personnage de Dom Juan. Oui... Dom Juan, c'est un peu moi ! S'il a autant besoin de séduire, cela s'explique sans doute parce que dans le fond, il a des problèmes à régler avec son père."

Contre les perles et le discours décliniste. Autant de réflexions qui visent à donner une image positive des aspirants bacheliers, loin, selon Françoise Cahen, de celle véhiculée à travers les perles du bac. "Ça m'amuse un peu, comme tout le monde. Je ne suis pas contre un sourire attendri devant certaines erreurs, c'est bien naturel. Mais il y avait un réel contraste entre les candidats du bac que moi j'avais sous les yeux en tant qu'examinatrice et ces perles que je voyais dans les médias à côté. C'était injuste", s'exclame-t-elle, dénonçant le "discours décliniste" qui accompagne bien souvent les perles du bac. 

"Un réflexe de pédagogue". Avec ses anti-perles, elle compte donc bien rétablir une certaine vérité. "Je ne veux pas dire que tout est rose, ce n'est pas mon propos. Mais je pense que faire des perles du bac une sorte de symbole du niveau général des élèves est vraiment quelque chose qui n'est pas constructif", continue-t-elle. "C'est une sorte de réflexe de pédagogue que j'ai eu en allumant un contre-feu avec ces anti-perles du bac."

Sur sa plateforme Padlet, elle invite ainsi tous les professeurs à participer et à déposer les pépites entendues ou lues en cette fin d'année. Pour montrer que "non, le lycéen d'aujourd'hui n'a pas le QI d'une huître."