Airbnb : un problème pour Paris ?

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Airbnb : un problème pour Paris ?
@ MARTIN BUREAU / AFP
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Le succès de la plate-forme qui permet de louer son appartement entre particuliers ne se dément pas, quitte à devenir un vrai souci pour les hôteliers et le prix des loyers.

L'ENQUÊTE DU 8H

Airbnb a proposé à la mairie de Paris de faire lui-même la police auprès des Parisiens qui mettent leur appartement en location. Le site propose d'interdire de louer une résidence principale plus de 120 nuits par an. Une résolution accueillie sèchement pas la Ville. Europe 1 a enquêté pour comprendre pourquoi ce bras de fer prenait autant d'importance.

Les hôteliers en colère. A voir la réaction de la mairie, Airbnb est considéré comme un problème. C'est bel et bien le cas pour les hôteliers parisiens. Avec 50.000 logements dans la capitale proposés sur le site, c'est l'équivalent de 1.000 hôtels de plus dans la Ville. Une concurrence considérable qui se voit particulièrement sur l'Île Saint-Louis, à deux pas de Notre-Dame, où Nathalie Eckel a vu chuter la fréquentation de son hôtel : "30% seraient imputables à Airbnb, parce que sur l'île Saint-Louis, un appartement sur cinq est dédié à ça. Pour donner une idée, c'est comme si un hôtel de 700 chambres s'était ouvert. Vous voyez arriver plein de touristes avec plein de valises mais qui ne vont pas à l'hôtel..."

Le prix des loyers s'en ressent. Les hôteliers ne sont d'ailleurs pas les seuls à souffrir. Ian Brossat, en charge du logement à la mairie de Paris, considère que les Parisiens sont indirectement touchés, à travers le prix des loyers. "Paris est une ville qui manque déjà d'un manque de logements. Il y a 120.000 demandeurs de logements. Les prix sont déjà très élevés, donc quand on réduit encore un peu plus l'offre de logements par cette transformation en meublé touristique, on contribue inévitablement à aggraver une situation déjà compliquée", dénonce-t-il. Pourtant, il n'envisage pas de faire comme à Berlin, c'est-à-dire de limiter les locations à une chambre et non pas un appartement entier. Car il en est conscient, Airbnb attire des touristes qui ne seraient pas venus sans ces prix attractifs. 

La province aussi. Le phénomène Airbnb ne concerne pas que Paris. 80% du marché se trouve même en province, dans les zones touristiques : la Côte-d'Azur, le Pays basque, les Alpes aussi, près des stations de ski. Bordeaux cartonne de plus en plus, avec 70% d'offres de logement en plus l'an passé. Du côté des utilisateurs, il n'y a pas que les jeunes connectés qui se servent du site. Il n'y a pas de profil type d'utilisateurs : familles, retraités, hommes d'affaires, tout le monde s'y est mis. 

Un complément de retraite. En revanche, Emmanuel Marrill, le patron d'Airbnb France note un vrai changement chez ceux qui mettent leur logement à disposition. : 20% ont désormais plus de 60 ans. "Ce sont des personnes qui cherchent un complément de retraite. Les retraites ne sont pas forcément les plus élevées en France. C'est d'ailleurs un phénomène qui est très français sur cette croissance là. Ce sont des gens qui sont propriétaires. On est vraiment un pays chez qui cette population a trouvé un moyen de compléter leurs revenus", décrypte-t-il. Le paramètre le plus surprenant reste celui de la provenance des locataires : seulement un tiers sont des étrangers.