Abdelali Mamoun : "La principale référence de l’Islam de France, c’est le salafisme"

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Alors que lundi soir Manuel Valls s'est inquiété de la montée du courant salafiste qui "peut conduire à l'islamisme radical et au terrorisme", pour l'imam d'Alfortville, la priorité est "de virer les prédicateurs salafistes en France". 

"La principale référence de l’islam de France, c’est le courant salafiste". "Une minorité de salafistes est en train de gagner la bataille idéologique et culturelle de l’islam de France. Il n’y a qu’eux qu’on entend. Le salafisme peut amener à l’islamisme radical et au terrorisme", a déclaré le Premier ministre Manuel Valls lundi soir en clôture de la journée de conférences et de débats sur l'islam et la récupération politique en Europe. Les salafistes ne représentent qu’un pour cent des musulmans de France et pourtant, selon Manuel Valls, on entendrait qu’eux. Un avis que partage également Abdelali Mamoun, l'imam d'Alfortville dans le Val de Marne. "Sur le net, beaucoup de vidéos sont publiées par des prédicateurs salafistes, ce qu’il fait qu’ils sont vraiment numéro 1 sur ce média. Donc aujourd’hui, la principale référence de l’islam de France, c’est le courant salafiste", a-t-il expliqué dans la Matinale d'Europe 1 mardi.

Qu’est-ce que le salafisme ? "Le salafisme a des origines saoudiennes, c’est ce qu’on appelle le courant wahhabite, qui a construit toute sa légitimité sur cette idéologie. Mais aujourd’hui, les autorités saoudiennes commencent à comprendre que cette mouvance, qui est un lobby très puissant sur son territoire, représente une menace sur son territoire aussi bien politique qu’économique. Et, en parallèle, une propagande salafiste soutenue par cet Etat menace l’intégrité de l’Occident et de la France en particulier", a expliqué l’imam d’Alfortville. Abdelali Mamoun précise toutefois "qu’il est difficile de faire un lien direct entre salafisme et terrorisme" car, "les salafistes ne se revendiquent pas terroristes mais en contrepartie, on entend souvent un discours de désaveux de la société, un isolement, un repli identitaire qui peut favoriser cette haine. Et d’ailleurs, ils appellent à la haine de l’Occident et à la mécréance de ce qui n’est pas l’islam". Les salafistes ont donc, selon Abdelali Mamoun, "un discours extrêmement rigoriste qui peut encourager les jeunes à plonger dans le terrorisme".

L’Arabie Saoudite joue-t-elle un double jeu ? Pour le théologien, "le gouvernement saoudien est de bonne foi". Mais il concède toutefois qu'"il est embourbé dans un lobby wahhabite qui fait partie de son existence" car, il explique que "c’est le wahhabisme qui a légitimé l’instauration du Royaume d’Arabie Saoudite". Résultat, les autorités saoudiennes ont du mal à se débarrasser de cette image.

Y a-t-il des mosquées salafistes en France ? A cette question Abdelali Mamoun est formel : "il y a une dizaine de mosquées salafistes en France, voire une centaine de groupes et d’associations". Et, selon lui, "il n’y a que les réfectures qui ont les pouvoirs d’intervenir s’il n’y a pas de respect des lois. C’est le rôle du ministère de l’Intérieur".

Faut-il fermer ces mosquées salafistes ? Pour Abdelali Mamoun, la solution n’est pas de fermer ces mosquées mais plutôt "de virer ces imams qui sont incompétents. Ils ne font que se référer à cette mouvance qui vient d’Arabie Saoudite et qui est déphasée par rapport à notre culture occidentale. Pour eux, il faut s’asseoir sur la démocratie, la laïcité c’est de la mécréance et ils ne veulent pas de valeurs républicaines".

Comment se fait-il que le salafisme soit si puissant ? La puissance et la présence du salafisme en Europe et en France s’explique par le fait "qu’ils ont mobilisé du personnel, ils sont à temps plein consacré à cela", raconte Abdelali Mamoun. Par ailleurs, selon lui, "le discours salafiste est extrêmement simpliste" contrairement à celui des académiciens qui est plus difficile à comprendre et ce, même si c’est un discours modéré.